À propos d’une autre contamination

De quels maux sommes-nous atteints?

La pandémie touche tout et tout le monde, et si chaque secteur de notre société s’interroge et s’inquiète de l’avenir, le milieu des arts est loin de faire exception. Du côté du théâtre, l’inquiétude est palpable, et ce n’est vraisemblablement pas le plan de relance de la ministre de la culture qui apaisera les esprits.

À ce sujet, ce qui cristallisa d’abord les inquiétudes du milieu fut, en avril, une missive de Simon Brault, président du Conseil des arts du Canada, intitulée «Quelle relance pour le secteur des arts?». Rappelons-nous le nœud de l’affaire: afin de répondre aux défis imposés par l’interdiction de se rassembler, Simon Brault suggérait aux artistes d’investir, en attendant des jours meilleurs, les plateformes numériques. Beaucoup ont noté, avec justesse, les limites du numérique pour ce qui touche les arts vivants, mais ce qui nous a surtout troublés dans la missive de Simon Brault est le vocabulaire employé: Consommation. Consommer. Dépenser. Marchés. Saturés. Produits. Ressources. Contenus. Innover. Modèles. Offre et demande culturelles. Secteurs d’activités. Relance. Grande roue de l’économie et du vivre-ensemble.

Pourtant, la chose n’aurait pas dû nous étonner. Le même lexique s’étale dans tous les documents provenant de nos Conseils des arts. À titre d’exemple, voici un extrait du plan stratégique 2018-2022 du Conseil des arts et des lettres du Québec: «Celui-ci [le Plan] met également l’accent sur les moyens à employer pour favoriser la rencontre des œuvres avec le public sur les différents marchés – intérieurs, extérieurs et numériques – et aux nécessaires dialogue et partage de connaissances que la réussite au sein d’une économie numérique commande. Par ailleurs, la réflexion préalable à la rédaction de ce document a coïncidé avec les travaux de bilan, d’analyse et de projection entourant le 25e anniversaire du Conseil. Ils ont donné lieu à un exercice d’actualisation des valeurs organisationnelles, duquel sont ressorties trois valeurs: l’équité, l’excellence et l’intégrité.»

Unis contre le racisme anti-noir et la brutalité policière

Déclaration de solidarité

Chère communauté,

Nous suivons comme vous les manifestations qui ont lieu partout aux États-Unis depuis l’assassinat de George Floyd par un policier à Minneapolis le 25 mai dernier et celui de Breonna Taylor à Louisville, un mois plus tôt. Depuis une semaine, nous observons avec tristesse, indignation et colère l’hypocrisie et la violence des corps policiers, ainsi que l’arrogance d’un président bête et lâche, qui ne rate aucune occasion d’attiser la haine et de légitimer la répression. Nous voyons aussi le courage de celles et ceux qui mettent leur vie en jeu pour dénoncer la brutalité policière et le racisme.

Or il ne faut pas croire que tout cela n’a pas lieu chez nous. Dimanche, des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Montréal pour le rappeler. Dans les dernières semaines au Canada, deux personnes, D’Andre Campbell et Regis Korchinsky-Paquet, sont mortes aux mains des policiers. À Montréal, les personnes noires et autochtones sont de 4 à 5 fois plus susceptibles d’être interpellées par la police. Ces communautés sont aussi largement surreprésentées dans les prisons canadiennes. Le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) est l’un des corps policiers les plus militarisés en Amérique du Nord et de toute évidence, l’impunité règne. Au Québec, depuis 2016, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a examiné 126 cas où des citoyens ont été sérieusement blessés ou tués (71 cas) lors d’une interaction avec la police. Aucune accusation n’a été portée. Par ailleurs, l’ironie ne nous échappe pas: les gens qu’on arrête et qu’on tue le plus sont aussi ceux qui, dans une proportion importante, nous soignent et nous servent dans les établissements et les commerces essentiels depuis le début de la pandémie, et ce, pour un salaire dérisoire. Ces communautés ont également été davantage affectées par la COVID-19.

Ce qu’on perd à être heureux

La dématérialisation de l’enseignement ruine l’éducation.

Quand je suis allé chercher mon aîné dans la cour des petits, le 12 mars dernier, l’éducatrice du service de garde m’a conseillé de ramasser toutes ses affaires, parce qu’on ne se reverrait probablement pas le lendemain. Le soir, ma blonde et moi nous sommes dit: pas demain, et sûrement pas lundi non plus… Nous n’osions pas tout à fait le formuler encore, mais nous estimions déjà la durée du confinement à plusieurs semaines, le temps «d’aplatir la courbe». Jamais nous n’aurions cependant pu imaginer comment l’angoisse du temps distendu, la tension sociale, l’anxiété devant l’inconnu nous transformeraient.

Je suis passé au bureau le lundi suivant. J’avais apporté des sacs d’épicerie dans lesquels j’ai fourré mes notes de cours, des feuilles brouillon pour les enfants et un de ces livres que les éditeurs scolaires nous envoient dans l’espoir qu’on les mette au programme, Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley. Je l’avais déjà lu à l’âge où il était convenu que les gars comme moi lisent ce genre de livre et vivent quelque chose comme une épiphanie: «Hé, John le Sauvage, han? Ouf.» Ben oui.

Deux semaines plus tard, le gouvernement annonçait la reprise des sessions collégiale et universitaire à distance. J’étais en train de laver l’épicerie au savon à vaisselle quand ma blonde m’a appris la nouvelle. Sur Facebook, des collègues se demandaient comment faire pour donner leurs cours en visioconférence, angoissant à l’idée de ne pouvoir transmettre leur connaissance fine du Parnasse ou du décolonialisme papou; d’autres gardaient un silence non moins éloquent. André X, qui avait passé l’essentiel de sa vie professionnelle à se plaindre des étudiants qui n’écoutaient pas ses consignes, rivalisait à présent d’ingéniosité pour résoudre des problèmes qui ne se poseraient jamais. La présidente de ma fédération syndicale dénonçait, quant à elle, une «situation anxiogène». Heureusement, c’était l’heure de l’apéritif.