Sur le fil

Résidence de formation en écriture critique | arts autochtones

Appel à candidatures

La revue Liberté recherche un·e auteur·ice pour une résidence de formation en écriture critique, avec la collaboration du Comité des arts autochtones du Conseil des arts de Montréal.

Cette résidence s’adresse aux personnes autochtones (Premières Nations, Métis, Inuit) souhaitant poursuivre leur développement professionnel en tant qu’auteur·ice, ou leur démarche d’écriture critique en arts. Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà publié des textes de critique pour répondre à cet appel. La personne choisie sera invitée à explorer le travail d’écriture critique et à publier deux textes dans la revue. Elle profitera d’un accompagnement éditorial personnalisé dans une revue littéraire reconnue. Elle collaborera pour ce travail avec la rédactrice en chef et le comité de rédaction de la revue. La publication et l’accompagnement se feront en français.

Pour proposer votre candidature, il suffit d’envoyer un courriel de présentation et un curriculum vitae à l’adresse revue@revueliberte.ca au plus tard le 9 février 2023.

Beyoncé’s Ziguezon

Deux Canadien·nes français·es s’évertuent à détourner les pouvoirs, à délégitimer toutes les prises de parole – la leur en premier.

Nous avons été pris d’une désagréable surprise au cours de l’été, constatant l’absence de considération que recevait la sortie du dernier album de Beyoncé au chapitre de la culture francophone. Il semble avoir échappé à la critique que sur Renaissance paraît non seulement une résurrection du I Feel Love de Donna Summer, mais aussi un classique de la culture canadienne-française, créolisé, hybridé et, pour le mieux, traduit. Il suffit parfois que les mêmes paroles soient prononcées par une personne différente pour qu’elles prennent tout à coup un autre sens. L’exemple donné par Rusty Ring sur le plus récent album de Beyoncé est, à cet égard, des plus parlants. Sise entre Break my Soul et Church Girl, cette inattendue reprise de La ziguezon résulte en une transformation qui dépasse l’idée d’une traduction. Par le déplacement, la translation qu’opère cette reprise, l’originale n’en est que bonifiée: les meilleures traductions, celles qui opèrent davantage qu’un simple calque vers une nouvelle langue, surviennent quand une œuvre atteint le temps de sa gloire.

On connaît bien sûr la chanson par sa version de La Bottine souriante. L’histoire veut que le violoneux qui l’a apprise au groupe la tenait de sa mère, elle-même ayant retracé les origines de la chanson jusqu’en Bretagne. Comme réaffirmant cette matrilinéarité originelle, la reprise des paroles de La ziguezon par la mégastar de la pop apporte un souffle féministe à la chanson traditionnelle. Les paroles originales sont emblématiques des chansons à répondre: une belle se retrouve en fâcheuse posture («la fontaine est profonde / j’me suis coulé à fond»), elle est secourue par un homme («par icitte il lui passe / trois cavaliers barons») qui espère des faveurs sexuelles en retour («que m’donneriez-vous belle / si j’vous tirais du fond»), mais la femme, après avoir profité du service («tirez, tirez dit-elle / après ça nous verrons»), s’enfuit («quand la belle fut à terre / se sauve à la maison»). Sur cet arc narratif simple et connu, un «p’tit porte-clefs tout rouillé gaiement» ajoute une couche de mystère: est-il terni parce que la belle est restée longtemps dans le puits – auquel cas, a-t-on affaire à une histoire de morts et de fantômes? Un tel univers fantastique permettrait-il d’expliquer «la bottine [qui] rigolait haha»? Ces énigmes profondes comme un puits sont laissées de côté sur le titre Rusty Ring, qui met plutôt en lumière les rôles genrés et travaille à leur subversion.

Grappillant parmi les éléments les plus porteurs de la chanson originale, Rusty Ring navigue habilement entre la traduction libre et la réappropriation féministe, et réussit à souligner ce qui pouvait passer inaperçu dans La ziguezon, soit l’opposition entre agentivité féministe et prédation misogyne. Les scansions rythmées du refrain restent fatalement en tête – «girl up, girl down / girl girl girl woman / woman woman woman too » – et sont appuyées par des percussions caribéennes dont le traitement sonore n’est pas sans rappeler les cuillères de bois des veillées d’antan, réintégrées ici dans une créolisation rafraîchissante plutôt que dans leurs poussiéreuses habitudes. Le premier tiers de la pièce, chantée à la première personne («the well was deep / I fell deeper still»), échappe à la lourdeur en s’appuyant sur des claviers cristallins tout droit sortis des dance hits des années 1990. Puis les rythmes disco saccadés qui traversent le reste de Renaissance s’accompagnent des seules voix d’hommes qu’on entend sur l’album, presque des échos, qui revêtent dans le contexte une aura menaçante («Ziguezon / Ziguezon / Ziguezon / Ziguezon»).

N° 337 / Naissance

Donner naissance dans l’hostilité

On pourrait croire ces pratiques reléguées aux pires moments de l’histoire. Or, les stérilisations sans consentement existent toujours. Pour en parler, nous avons rencontré Ariane K. Métellus, doula aguerrie.

Après des décennies de luttes, on observe beaucoup de changements dans la façon de vivre les naissances. Les mères sont mieux informées de leurs droits et l’éducation au consentement se trouve au cœur des formations en santé. Les violences obstétricales ont été massivement dénoncées. Sauf en cas de pandémie, plus personne n’interdira que vous soyez accompagnée à la naissance. De nouvelles maisons de naissance ouvrent leurs portes et le travail des sages-femmes est reconnu. Mais le combat contre le paternalisme médical semble se renouveler à chaque génération. Et certains problèmes anciens persistent même si on les croit passés. C’est le cas des stérilisations sans consentement, une pratique qu’on observe encore aujourd’hui au Québec, et qui touche particulièrement des femmes marginalisées, racisées ou autochtones. Valérie Lefebvre-Faucher a voulu en parler avec Ariane K. Métellus, accompagnante en périnatalité et mère de cinq enfants. Celle-ci milite dans le mouvement pour une humanisation des naissances depuis une dizaine d’années, et s’intéresse entre autres aux violences obstétricales et gynécologiques et au racisme dans le système de santé au Québec. Elle est coordinatrice régionale du recrutement de l’étude RESPECT (recherche sur les récits d’accouchement et de grossesse au Canada); elle siège au conseil d’administration d’Action cancer du sein du Québec et est membre du comité d’orientation de La CORPS féministe.

Liberté — Chaque fois qu’un nouveau scandale éclate, on s’étonne de l’existence de stérilisations forcées. C’est un sujet tellement difficile qu’on dirait qu’on a du mal à y croire. J’aimerais, si tu le veux bien, que tu nous en parles. Qui prend cette décision? Comment ça se passe?

Ariane K. Metellus — On se demande bien sûr pourquoi un·e médecin prend une telle décision. Et on n’a que des hypothèses, parce qu’aucun·e médecin n’avouera avoir fait ça. Quand on parle de stérilisation forcée ou non consentie, il faut dire que c’est très peu documenté, même si ça l’est un peu plus dans les communautés autochtones, notamment depuis la commission Viens.