Unis contre le racisme anti-noir et la brutalité policière

Déclaration de solidarité

Chère communauté,

Nous suivons comme vous les manifestations qui ont lieu partout aux États-Unis depuis l’assassinat de George Floyd par un policier à Minneapolis le 25 mai dernier et celui de Breonna Taylor à Louisville, un mois plus tôt. Depuis une semaine, nous observons avec tristesse, indignation et colère l’hypocrisie et la violence des corps policiers, ainsi que l’arrogance d’un président bête et lâche, qui ne rate aucune occasion d’attiser la haine et de légitimer la répression. Nous voyons aussi le courage de celles et ceux qui mettent leur vie en jeu pour dénoncer la brutalité policière et le racisme.

Or il ne faut pas croire que tout cela n’a pas lieu chez nous. Dimanche, des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Montréal pour le rappeler. Dans les dernières semaines au Canada, deux personnes, D’Andre Campbell et Regis Korchinsky-Paquet, sont mortes aux mains des policiers. À Montréal, les personnes noires et autochtones sont de 4 à 5 fois plus susceptibles d’être interpellées par la police. Ces communautés sont aussi largement surreprésentées dans les prisons canadiennes. Le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) est l’un des corps policiers les plus militarisés en Amérique du Nord et de toute évidence, l’impunité règne. Au Québec, depuis 2016, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a examiné 126 cas où des citoyens ont été sérieusement blessés ou tués (71 cas) lors d’une interaction avec la police. Aucune accusation n’a été portée. Par ailleurs, l’ironie ne nous échappe pas: les gens qu’on arrête et qu’on tue le plus sont aussi ceux qui, dans une proportion importante, nous soignent et nous servent dans les établissements et les commerces essentiels depuis le début de la pandémie, et ce, pour un salaire dérisoire. Ces communautés ont également été davantage affectées par la COVID-19.

Ce qu’on perd à être heureux

La dématérialisation de l’enseignement ruine l’éducation.

Quand je suis allé chercher mon aîné dans la cour des petits, le 12 mars dernier, l’éducatrice du service de garde m’a conseillé de ramasser toutes ses affaires, parce qu’on ne se reverrait probablement pas le lendemain. Le soir, ma blonde et moi nous sommes dit: pas demain, et sûrement pas lundi non plus… Nous n’osions pas tout à fait le formuler encore, mais nous estimions déjà la durée du confinement à plusieurs semaines, le temps «d’aplatir la courbe». Jamais nous n’aurions cependant pu imaginer comment l’angoisse du temps distendu, la tension sociale, l’anxiété devant l’inconnu nous transformeraient.

Je suis passé au bureau le lundi suivant. J’avais apporté des sacs d’épicerie dans lesquels j’ai fourré mes notes de cours, des feuilles brouillon pour les enfants et un de ces livres que les éditeurs scolaires nous envoient dans l’espoir qu’on les mette au programme, Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley. Je l’avais déjà lu à l’âge où il était convenu que les gars comme moi lisent ce genre de livre et vivent quelque chose comme une épiphanie: «Hé, John le Sauvage, han? Ouf.» Ben oui.

Deux semaines plus tard, le gouvernement annonçait la reprise des sessions collégiale et universitaire à distance. J’étais en train de laver l’épicerie au savon à vaisselle quand ma blonde m’a appris la nouvelle. Sur Facebook, des collègues se demandaient comment faire pour donner leurs cours en visioconférence, angoissant à l’idée de ne pouvoir transmettre leur connaissance fine du Parnasse ou du décolonialisme papou; d’autres gardaient un silence non moins éloquent. André X, qui avait passé l’essentiel de sa vie professionnelle à se plaindre des étudiants qui n’écoutaient pas ses consignes, rivalisait à présent d’ingéniosité pour résoudre des problèmes qui ne se poseraient jamais. La présidente de ma fédération syndicale dénonçait, quant à elle, une «situation anxiogène». Heureusement, c’était l’heure de l’apéritif.

Du privé au public au privé

Quatre épisodes d’une histoire du système de santé au Québec.

1. De la charité chrétienne aux assurances privées

Pour le citoyen détenant depuis sa naissance ou presque une carte soleil, il n’est certes pas facile de s’imaginer devoir déclarer faillite à la suite d’une longue maladie, d’un accident stupide ou simplement d’un accouchement. Or, de la Nouvelle-France au Québec du début des années soixante, une telle mésaventure n’était en rien exceptionnelle. L’accès à la santé relevant principalement de la sphère privée, chacun devait payer les soins de sa poche. Les modes de paiement pouvaient alors aller du cochon à la poule pour les uns, à la monnaie sonnante et trébuchante pour les autres, à moins de compter, à partir de la première moitié du xxe siècle, parmi les travailleurs privilégiés ayant accès à une assurance privée. Ainsi, tant les médecins que les hôpitaux dépendaient alors de l’argent ou des biens que les malades se trouvaient en mesure de leur verser.

Quant à ceux n’ayant que leur misère à offrir, le clergé catholique s’en occupait, l’État lui ayant laissé la responsabilité de prendre en charge les indigents. C’est la glorieuse époque de la charité chrétienne, reine des vertus… Mais les organisations religieuses perdent progressivement de leur importance au profit du gouvernement, qui dès le début du xxe siècle, se met timidement à intervenir, surtout pour financer les politiques d’hygiène dominant alors les questions de santé publique.