Dossier

La vie en vert

Entretien avec Stéphane Lavoie

Le renouveau des villes par l’agriculture urbaine.

Animateur, intervenant social et agent de développement de projets en sécurité alimentaire à la Maisonnette des parents, Stéphane Lavoie est membre de la Table de concertation sur la faim et le développement social du Montréal métropolitain, membre du Collectif pour la sécurité alimentaire dans La Petite-Patrie et enseignant en agriculture urbaine à Carrefour BLE. Mais pour des centaines de familles de La Petite-Patrie, il est d’abord et avant tout un cuisinier, un jardinier et un pédagogue hors du commun. Parlez-en aux enfants à qui il donne des cours: sous leurs yeux émerveillés, il se métamorphose tour à tour en Stéphanouille, Papa poule et Aymé Lafleur! Barbara Caretta-Debays rencontre cet écologiste de la première heure et poète de la vie quotidienne.

Tu es né à Montréal, tu vis sur l’île depuis toujours et pourtant tu as «voyagé» dans plus de pays du monde qu’un routard aguerri: tu as grandi avec des Ukrainiens, des anglophones, des francophones, des Marseillais et des Haïtiens, et tu travailles aujourd’hui avec des familles immigrantes, notamment latino-américaines, maghrébines et indo-pakistanaises. Ton parcours professionnel dans le milieu socio­communautaire t’a permis de développer des racines étendues et profondes en sol montréalais, plus spécifiquement dans La Petite-Patrie. Pour toi qui connais si bien le terrain, que signifierait le «renouveau des villes»?

Stéphane Lavoie – Les villes de demain, ce sont d’abord des villes qui vont comprendre et assumer leurs responsabilités en matière de production et de gaspillage, qui vont cesser de réfléchir uniquement en fonction des transports motorisés et davantage aux besoins de leurs citoyens. Des villes moins dépendantes du pétrole, plus écoresponsables, qui comprennent leur interdépendance avec la campagne et la nature. À l’ère des changements climatiques, on n’a plus beaucoup le choix. L’urbanisation galopante, partout sur la planète, a engendré beaucoup de pollution; on produit de plus en plus de déchets et on est de moins en moins habilités à gérer ces matières-là. On est à la limite de nos capacités écologiques. Je crois qu’on devrait s’inspirer des enfants. C’est à eux qu’on va laisser les villes et c’est par eux qu’on les transformera.

Tu parles des enfants... Les activités que tu mènes avec eux à la Maisonnette des parents sont si nombreuses et variées qu’il n’est pas évident de comprendre, à première vue, en quoi consiste ton travail. Est-il juste de le résumer par la formule «du champ à l’assiette»?

Quand j’ai commencé à travailler à la Maisonnette, on a mené une réflexion sur la pédagogie culinaire, environnementale et agroalimentaire. À l’époque, on assurait une grosse production alimentaire avec la «mesure alimentaire bonifiée» [programme de repas fournis aux enfants en milieu scolaire] et je voyais beaucoup de pelures de légumes partir à la poubelle. Ces matières-là sont pourtant de précieuses ressources pour des projets communautaires qui ont peu ou pas de financement. Nos conclusions se sont donc élaborées autour de la notion d’économie circulaire, qu’on pourrait résumer par la formule «de la terre à l’assiette» et «de l’assiette à la terre»: un cycle qui nous permettrait de gérer les matières compostables et les résidus de table, tout en produisant du compost. Cela donne aux enfants la possibilité de faire l’expérience du cycle de la vie végétale: ce qu’on récolte, on le redonne à la terre et la terre nous le rend. Avec la SODER [Société de développement environnemental de Rosemont], on a également développé un projet-pilote de poulailler urbain. C’est une autre façon de faire de l’économie circulaire.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 320 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!