Dossier

La ville imparfaite vaut mieux que la ville utopique

Est-il vraiment nécessaire de réinventer la ville?

C’est une obsession qui ne date pas d’hier de se demander ce que sera la ville de demain. Dans le domaine des arts et de la littérature, plusieurs ont tenté d’imaginer l’avenir plus ou moins sérieusement, et rarement avec succès. Jules Verne, après tout, n’imaginait certainement pas inspirer le mouvement steam punk et toute une cohorte de testeurs de jeux vidéo en écrivant Paris au XXe siècle ou De la Terre à la Lune. Dès le tournant du XIXe siècle, il semble, par exemple, que l’idée de se déplacer en volant et d’échapper enfin au cadre de la ville se soit imposée à l’esprit de ceux qui s’aventuraient à imaginer la ville qu’habiteraient leurs petits-enfants. Les illustrations de Paris en l’an 2000, publiées en 1899 par Jean-Marc Côté, en témoignent. Dans les années 1960, les Jetsons volaient à bord de voitures à réaction dans un univers rétro-futuriste où le sol n’existait plus. Et selon Robert Zemeckis, réalisateur de Back to the Future, on devrait déjà se déplacer au moyen de voitures volantes depuis au moins trois ans, comme les petits-enfants de Marty McFly. La fiction regorge de dizaines d’autres exemples d’habitats futuristes, mais une chose est claire: il n’est généralement pas souhaitable de marcher dans la ville du futur et elle est rarement vécue, quand elle n’est pas carrément invivable. Dans la ville de demain, le plancher des vaches, c’est le domaine de la misère.

Les univers fictifs ne sont pas nécessairement le fruit d’analyses urbaines profondes, même si le regard qu’ils portent sur la société témoigne souvent de considérations philosophiques ou économiques pertinentes. Mais le travail de plusieurs urbanistes, et surtout d’architectes autrement compétents, s’est depuis longtemps égaré dans des univers de fantasmes, prenant pour prémisse irrévocable le préjugé de la ville insalubre et irrémédiablement viciée. Leurs réflexions les ont menés à croire qu’il valait mieux ne plus s’y aventurer, s’y mêler, s’y frotter ou s’y croiser. Parce que dans presque tous les cas, depuis la fin du XIXe siècle, la solution préconisée pour résoudre le problème d’une urbanité défectueuse est la même, tant dans le domaine de la fiction que chez bon nombre de ceux qui déclarent vouloir repenser la ville de demain: il s’agit de la fuir et de l’abandonner. Du moins, pour ceux qui en ont les moyens. La vie collective n’en vaut la peine, semble-t-il, que tant et aussi longtemps qu’elle ne rencontre aucun écueil.

Liberté me propose de me prononcer sur l’avenir de la ville. On me demande d’y voir de l’espoir, un futur reluisant, ou, à tout le moins, pas entièrement dystopique. L’exercice doit être abordé avec prudence et humilité, et je dois vous proposer immédiatement un TL;DR: je ne crois pas que l’avenir idéal de la ville doive être spectaculaire, ni qu’on cessera d’y vivre essentiellement comme des humains normaux.

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