Entretien

Tenir maison

Une recette à la Rodrigol

Fondées en 2003 par Pascal-Angelo Fioramore, Claudine Vachon et André Racette, les Éditions Rodrigol occupent une place à part dans le paysage littéraire québécois. Depuis quinze ans, leurs fondateurs n’ont jamais sollicité de subventions auprès des organismes gouvernementaux et fabriquent leurs livres de manière complètement indépendante. S’enrichissant de deux ou trois titres par année seulement, leur catalogue compte romans, recueils de poèmes, collectifs aux thèmes inusités: les chats, les sports, la campagne, les Monster Trucks. En effet, Rodrigol ne se distingue pas seulement par son mode de fonctionnement, mais par l’idée singulière de la littérature qu’elle défend.

La genèse de Rodrigol se trouve du côté des arts de la scène. En 1995, Pascal-Angelo Fioramore est le chanteur des Abdigradationnistes, un groupe dont les chansons à l’humour absurde s’inspirent de textes dadaïstes. À cette époque, Fioramore devient l’un des artisans de soirées-cabaret de performances poétiques où le caractère loufoque et parodique domine. Cette volonté affichée de tourner en dérision le monde littéraire, ou plutôt le sérieux dont se drape le monde littéraire, se transposera dans le travail des Éditions Rodrigol. Les auteurs de la maison, puisant leurs références et leurs thèmes autant du côté des avant-gardes historiques que de la culture pop, sont animés par l’intention de jouer de la chose littéraire et de ses codes.

Pour souligner le quinzième anniversaire de la maison, Liberté a rencontré ses deux directeurs actuels, Pascal-Angelo Fioramore et Claudine Vachon, pour discuter des défis et des dilemmes qui sous-tendent un projet comme le leur.

Lorsque vous avez fondé Rodrigol, il y a une quinzaine d’années, le nombre de petites maisons d’édition n’avait rien à voir avec ce qu’on trouve maintenant. Est-ce que vous avez le sentiment que la multiplication de petites maisons a changé votre place dans cet écosystème et votre rôle sur la scène littéraire? Et est-ce que votre conception de la littérature s’est transformée depuis?

Pascal-Angelo Fioramore – Quand on a commencé, il y avait effectivement des maisons d’édition qui étaient bien établies et il y avait une difficulté, pour beaucoup d’auteurs, à entrer dans ces maisons-là qui, au fond, ne correspondaient pas vraiment à la littérature qui voulait se faire, à ce qui émergeait comme parole. Il y avait un véritable besoin pour les jeunes auteurs. On n’a pas non plus fondé notre maison dans l’idée de publier nos propres textes, mais pour répondre à ce besoin, et ça s’est fait d’une façon naturelle.

Claudine Vachon – Oui, et c’est ça la grande différence. On n’a pas fondé les Éditions Rodrigol par rapport aux autres maisons, mais par rapport à l’espace littéraire que nous pouvions et voulions occuper, au départ dans les cabarets, surtout. Les cabarets Rodrigol étaient des laboratoires de création incluant des sketches humoristiques, de la poésie, de la musique, des courts-métrages et de la performance, le tout sous le doux signe des PPP, «prestations, pitreries et party».

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