Critique – Cinéma

Alanis Obomsawin: S8gnawi mlikigow8gan (une force calme)

Avec plus de cinquante films en cinquante années de carrière, Alanis Obomsawin œuvre sans relâche pour que l’histoire des Premiers Peuples se dise au présent.

Février 2018. Les 36e Rendez-vous Québec Cinéma battent leur plein avec leur essaim de cinéphiles s’arrachant les projections, les classes de maîtres et autres évènements célébrant la cinématographie québécoise. Néanmoins, en ce samedi après-midi, dans la salle Hydro-Québec de la Cinémathèque québécoise, l’assemblée venue à la leçon de cinéma d’Alanis Obomsawin reste modeste. Avec ses 52 films réalisés en plus de 50 années de carrière, on se demande pourquoi la cinéaste abénakise n’attire pas les foules qu’une telle carrière eût promises. Bien que son travail soit largement reconnu dans le milieu, il demeure encore méconnu du public. Davantage, en explorant le documentaire – genre moins populaire que les films de fiction, pour le dire rapidement – tout en étant femme et membre des Premiers Peuples, Alanis Obomsawin avait toutes les chances de voir sa carrière stagner.

Or, la cinéaste n’a jamais été de celles qui font des compromis. En cet après-midi de février, devant un public bienveillant, elle raconte comment, enfant, elle avait compris qu’elle allait devoir énoncer ses propres lois, puisqu’aucune instance – ni gouvernementale, ni scolaire, ni parentale – ne la défendrait ni n’intercéderait en sa faveur. C’est ainsi que, pour arrêter de se faire rouer de coups dans la cour d’école parce qu’elle n’était qu’une «sale sauvagesse», la petite Alanis décide de se placer dos au mur de l’établissement pour que, en n’ayant plus personne derrière elle, elle puisse se concentrer sur les menaces venant de l’avant. Ce qu’elle fera, sans hésitation, dès la prochaine attaque.

Il semble que depuis, c’est ce qu’elle n’a cessé de faire: ne tourner le dos à aucune embûche potentielle, puis se battre, toujours plus fort, pour aller de l’avant.

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