Critique – Cinéma

Rêver à petit feu

Tous les Acadiens de Natasha St-Pier.

Ça se réchauffe mal, une polémique, et c’est tant mieux: les cadavres se dissèquent à froid. Et Natasha St-Pier en connaît un rayon, elle qui est allée se piocher une histoire à la morgue de l’Histoire. La chanteuse en a assez pris lors de la diffusion du vidéoclip «Tous les Acadiens», extrait de son disque Mon Acadie (2015), album teinté des sonorités de sa région de naissance qu’elle était fière de dévoiler au public français. Au Canada francophone, néanmoins, le tollé gonfla aussi vite qu’il s’essouffla, et les remugles de l’appropriation culturelle se dissipèrent aussitôt. D’où la nécessité de l’autopsie.

Dans le syndrome de Frankenstein, il y a toujours cette fine lisière où le monstre se superpose à son créateur. Et en zombifiant son Acadie, Natasha s’est elle-même vampirisée. Car les relents mercantiles émanant de ce coup de publicité relèvent d’une négation identitaire à entrées multiples.

D’abord, négation des cultures autochtones, indéfiniment profanées, et sans cesse rendues muettes quand elles ne sont pas ventriloquées: en cédant gracieusement leur territoire, les Autochtones ont laissé des plumes, que nous portons en boucles d’oreilles en signe de reconnaissance et en guise, n’avouons-le pas trop fort, d’implicite expiation.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 321 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!