Critique – Cinéma

Décalages: de l’hostile au valeureux

Aborder la question autochtone sans jeter un œil au western apparaît presque impossible, car aucun genre cinématographique n’aura utilisé davantage l’image des Premiers Peuples que celui qui tentait d’immortaliser la conquête de l’Ouest et la mise en place de l’Amérique mythologisée, laquelle fait d’ailleurs encore rêver aujourd’hui. Si le cinéma s’inspire du contexte (social, politique, historique, culturel) dont il émerge, il va sans dire qu’il participe à forger des images qui infiltrent le sens commun et qui s’inscrivent en parallèle avec l’Histoire. Ce phénomène, le western l’incarne parfaitement par cette confusion entre réalité et fiction, puisqu’il a très souvent réécrit les fondements même de cette Histoire. Son influence se résume magnifiquement par les mots de Maxwell Scott (Carleton Young), le journaliste de The Man Who Shot Liberty Valance (1962) de John Ford: «This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend.» («Quand la légende dépasse la réalité, imprime la légende.») Le western s’est fait légende et s’est imprimé dans l’esprit du commun, y laissant, telle une marque indélébile, une image de l’«Indien» déraciné du réel.

À une poignée de réalisations réfractaires – Tell Them Willie Boy Is Here (A. Polonsky, 1969), Dead Man (J. Jarmusch, 1995) – s’oppose une majorité de films qui ont façonné et alimenté une perception simpliste et réductrice des Premiers Peuples, perception qui a servi un discours discriminatoire et une vision dominante qui véhiculent une mécompréhension de la réalité autochtone.

Les westerns états-uniens gomment les différences entre les quelque 500 communautés autochtones d’Amérique du Nord afin que «LA» figure emblématique de l’«Indien» qu’ils forgent puisse facilement être identifiée: combattant aguerri, souvent armé d’un arc et de flèches, qui chevauche sa monture sans selle, coiffé de plumes, couvert de vêtements de peau et de peintures de guerre. Les films engendrent et perpétuent cette conception réductrice qui viendra entacher l’imaginaire collectif et cadrer le portrait de l’Autochtone. Ainsi, la distinction entre les différents groupes n’est plus nécessaire. Pourquoi chercher à comprendre des complexités géographiques, culturelles et linguistiques qui n’amènent rien au filon narratif ou à la réussite du cow-boy héroïque que recherchent, au fond, les cinéphiles? Nombreuses sont les communautés qui seront entièrement éclipsées de l’univers westernien: Hopi, Cherokee, Creek, Washo, Kwakiutl, Zuni, Tsimshian...

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 321 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!