Critique – Scènes

La langue et l’invisible

Entretien avec Émilie Monnet

De père français et de mère anishinaabe, Émilie Monnet grandit entre l’Outaouais et la Bretagne. Formée en sciences sociales en Europe, elle travaille d’abord au sein d’organisations de femmes autochtones à travers les Amériques ainsi que pour les Nations Unies au Brésil. Cet engagement la conduira peu à peu à développer sa pratique artistique.

Émilie Monnet se tourne d’abord vers les arts médiatiques, puis participe au programme d’interprétation pour Autochtones mis sur pied par Ondinnok en partenariat avec l’École nationale de théâtre du Canada, tout en continuant de s’impliquer auprès de femmes judiciarisées et des jeunes Autochtones. En 2011, elle fonde les Productions Onishka, où elle crée plusieurs œuvres en collaboration avec des artistes d’origines et de disciplines diverses. Actrice, performeuse, auteure et metteuse en scène, Émilie Monnet travaille activement à la diffusion de la création autochtone.

Après avoir joué l’an dernier sur les planches du Théâtre d’Aujourd’hui dans Le Wild West Show de Gabriel Dumont, Émilie Monnet y amorce en 2018 une résidence d’artiste pour trois ans. En octobre prochain, elle présentera Okinum à la salle Jean-Claude-Germain, un spectacle «construit comme une prophétie».

Liberté a rencontré l’artiste et programmatrice.

En 2016, tu as fondé Scène contemporaine autochtone (SCA), une plateforme de diffusion et de réflexion qui constitue une précieuse fenêtre sur la création autochtone dans les arts vivants. Peux-tu nous raconter la genèse de cet événement et nous parler de ses différentes incarnations?

Émilie Monnet – Je jonglais depuis un moment avec l’idée de lancer un festival qui permettrait de faire connaître les artistes autochtones qui ont une pratique interdisciplinaire, quand le OFFTA m’a invitée à occuper un espace au sein de sa programmation pour réaliser ce projet. Pour cette première édition, je voulais mettre en valeur les artistes autochtones à l’avant-garde des arts vivants. La programmation a été placée sous le signe de la rencontre: rencontre entre artistes provenant de différentes nations et de différentes disciplines, entre Autochtones et allochtones. L’attention médiatique suscitée par l’événement m’a confirmé qu’il y avait un intérêt pour ces voix. Le public était au rendez-vous.

J’hésite à définir SCA comme un festival, car je suis encore en train de préciser son identité. Pour le moment, j’utilise l’expression «plateforme ou manifestation artistique et critique». J’aime l’idée que ce soit un espace où engager des conversations à propos d’enjeux touchant les artistes autochtones dans le milieu des arts vivants. Comment l’art peut-il être un véhicule pour transformer la société? Pour transformer la façon dont sont perçues les luttes et les réalités autochtones? Avant tout, j’aime provoquer des rencontres, créer des espaces pour des collaborations, parfois inusitées, surprenantes. À plus long terme, elles vont permettre de bâtir une communauté plus forte d’artistes, mais aussi de créer des ponts entre les communautés autochtones francophone et anglophone, qui restent deux mondes encore assez séparés.

Une année sur deux, l’événement prend l’allure d’un festival permettant d’inventer une forme différente l’année suivante, davantage de l’ordre de l’échange et de la réflexion critique. Par exemple cette année, j’ai imaginé des Rencontres de créateurs autochtones, qui ont été présentées en partenariat avec le Festival TransAmériques (FTA). Je souhaite avant tout que le dispositif reste flexible. Je trouve important de bâtir sur mes relations à l’international, développées dans le cadre de mes expériences professionnelles passées, en particulier avec le reste des Amériques. Je collabore d’ailleurs régulièrement avec des artistes de la Colombie et, en mars 2017, à la suite d’une invitation à présenter une mouture de mon prochain spectacle en Amérique du Sud, j’ai eu l’idée d’y organiser une version réduite de SCA en tournée. Avec deux autres artistes autochtones et francophones du Québec, Marie-Céline Charron, danseuse aux cerceaux, et Meky Ottawa, artiste en arts visuels et médiatiques, nous sommes allées à Buenos Aires échanger et collaborer avec des artistes autochtones du Paraguay et d’Argentine. Ces échanges internationaux sont riches.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 321 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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