Critique – Littérature

Création culturelle et résurgence politique

Danser sur le dos de notre tortue s’ouvre sur le récit «d’un acte de résurgence collectif et tranquille» auquel Leanne Betasamosake Simpson, Michi Saagig Nishnaabe et membre de la Première Nation d’Alderville, a pris part le 21 juin 2009, jour de la fête nationale des Autochtones. Ce jour-là, une procession rassemblant artistes, danseurs, aînés, enfants et familles de la communauté a défilé, sous les yeux ébahis des colonisateurs canadiens, le long de la rue principale de la ville de Peterborough, Nogojiwanong, «l’endroit où finissent les rapides». Simpson fait de cette journée de célébration de la survivance, de la présence continue et de la résurgence de son peuple le lieu à partir duquel elle entreprend de déployer sa pensée sur la nouvelle émergence des Nishnaabeg.

Ce livre prend le contre-pied des discours étatiques sur la réconciliation. D’emblée, l’auteure y affirme son refus de participer à un processus qui, en s’institutionnalisant, menace de neutraliser la résistance autochtone. Dans le contexte de la Commission de vérité et réconciliation, Simpson craint que la colonie de peuplement, tel un windigo, continue de se nourrir des terres et des ressources des peuples premiers, mais finisse aussi, de manière sinistre, par gober jusqu’à «la douleur et la souffrance collectives aussi bien qu’individuelles de nos peuples». À quoi bon investir ses énergies dans des processus menés par un gouvernement et une société n’ayant jamais montré de compréhension ou de volonté politique véritable? C’est en réponse à cette interrogation que Simpson expose la nécessité de désinvestir les structures impérialistes et de se tourner vers l’intérieur, de réinvestir les manières nishnaabeg d’être, de faire et de penser pour se soigner et se reconstruire. Simpson montre l’exemple en explorant dans ce livre des concepts nishnaabeg tels le biskaabiiyang, processus individuel et collectif, vivant, fluide et continu de retour sur soi et d’examen du colonialisme, et ce, afin de théoriser la décolonisation dans une perspective autochtone.

Si Simpson se situe aux côtés d’autres penseurs du mouvement de résurgence autochtone, notamment l’universitaire mohawk Taiaiake Alfred et le chercheur déné Glen Sean Coulthard, elle s’en distingue aussi par sa manière d’ancrer sa réflexion dans son expérience particulière de femme, déclarant que la souveraineté des femmes autochtones doit être au cœur du mouvement de résurgence. Simpson revendique la pertinence élargie de son expérience de la grossesse, de l’allaitement et de la maternité; elle en convoque la force heuristique pour penser les liens entre allaitement et traités, soin des enfants et gouvernance politique, ainsi que pour réfléchir, toujours selon une vision non hiérarchique et non autoritaire, aux valeurs animant ce qu’elle appelle la nature émergente du leadership nishnaabe. Les traités ne sont pas de simples transactions; comme l’allaitement, ils sont question de relations. En ce sens, ils doivent être fondés sur la responsabilité et le partage, s’avérer

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