Dossier

La naissance des «Métis du Québec»

Le phénomène de l’auto-autochtonisation et ses effets sur l’autodétermination des Premiers Peuples.

En cette ère de réconciliation, le mythe de la bienveillance des colons français connaît une résurgence dans la société québécoise. Il s’exprime soit comme une croyance en la bonté innée du colonialisme français, soit comme l’idée d’un métissage profond de la première colonie, construisant a posteriori l’identité «autochtone» des descendants des premiers colons français. Ce mythe est bien commode: il donne un caractère unique au récit national. D’ailleurs, il semble qu’au sein de la société québécoise, la réconciliation est de plus en plus réduite à l’idée que nous soyons tous autochtones. À preuve, récemment, des documentaires comme L’empreinte et Québékoisie, le film Hochelaga, terre des âmes et des livres comme Amériquoisie ont tous suscité une grande attention médiatique et des fanfares populaires. Or, malgré la popularité du discours sur le métissage, nombreux sont ceux et celles qui, au Québec, ne sont pas conscients des enjeux que cela soulève pour les peuples autochtones. Je prendrai ici pour exemple le «mouvement métis» québécois, mouvement social ayant émergé en 2004, qui se pose comme une véritable menace pour l’autodétermination des Premiers Peuples.

Depuis une demi-génération, un mouvement d’auto-autochtonisation a pris son essor au Québec. Ce mouvement repose presque entièrement sur des références à un ou à des ancêtres présumés autochtones remontant au XVIIe siècle. Il vise à fonder une nouvelle identité autochtone, en opposition avec les pratiques de parenté et les ordres de citoyenneté autochtones qui définissent l’identité des Premiers Peuples contemporains.

Comme le démontrent mes recherches, le mouvement métis au Québec est né de la conjonction de deux facteurs, dès la période 2002–2006. D’un côté, on observe une opposition soutenue aux revendications territoriales des Premiers Peuples, revendications pourtant fondées sur leurs souverainetés ancestrales. De l’autre, on assiste aux conséquences de la décision Powley, prononcée en 2003 par la Cour suprême du Canada, qui énonce une série de critères pour qu’une personne soit formellement reconnue comme Métisse et puisse, de ce fait, avoir accès aux droits autochtones. La Cour suprême a en effet statué dans l’arrêt Powley qu’afin d’être reconnu comme Métis au sens de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982, un individu qui s’identifie comme tel doit entretenir des liens avec une communauté métisse historique et être accepté comme membre d’une communauté métisse contemporaine étant titulaire des droits revendiqués. Cette décision a contribué à élargir la définition même de l’identité autochtone.

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