Dossier

Autochtones: de la décolonisation de l’art par l’art

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Les miens dormiront pendant 100 ans, et quand ils se
réveilleront, ce seront les artistes qui leur rendront leur esprit.

— Louis Riel

La décolonisation autochtone du champ de l’art pourrait être perçue comme un processus quasi achevé en Kanata. Depuis les années 1960, les artistes autochtones rendent visible la transformation expressive, symbolique et politique des rapports coloniaux. Une véritable histoire amérindienne de l’art amérindien se construit. Faut-il conclure que la prophétie de Louis Riel, en exergue, s’accomplit? Nous présenterons ici quelques éléments contemporains d’une décolonisation de l’art par l’art.

En 1964, à Toronto, les premiers travaux du peintre ojibwé Norval «Copper Thunderbird» Morrisseau arrivent comme un coup de tonnerre dans le monde des galeries d’art. L’artiste, élevé par ses grands-parents chamanes, développe une œuvre où il confronte la cosmogonie chamanique aux icônes chrétiennes. Son style fera école parmi les générations suivantes de peintres et de graveurs autochtones. C’est le «Woodland Style». Morrisseau fait partie de la dizaine d’artistes autochtones dont les œuvres ornent l’architecture originale du «pavillon des Indiens», sur le site de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal. Le pavillon tranche nettement avec ceux du Québec et du Canada. Les œuvres d’art engagé, notamment celles d’Alex Janvier, sont présentées dans les salles thématiques du pavillon. Elles révèlent au monde entier la réalité crue des réserves amérindiennes.

Deux ans après l’Expo 67, à Alcatraz en Californie, on assiste à l’émergence des mobilisations de l’American Indian Movement. La contestation politique s’éveille: on parle dans les médias de la montée du «pouvoir rouge». En 1973, ce sont les affrontements de Wounded Knee, à l’endroit même où a eu lieu, en 1890, le massacre de 150 membres de la nation lakota par l’armée américaine. Au Québec, la mobilisation s’intensifie jusque dans les années 1990, culminant avec la crise politique et militaire de Kanehsatake / Oka. Or, ce bouillonnement militant est soutenu par une vaste production artistique, visible dans les grandes expositions comme L’œil amérindien. Regards sur l’animal (Québec, 1991); Terre, Esprit, Pouvoir (Ottawa, 1992); Indigena. Perspectives autochtones contemporaines (Gatineau, 1992) ou encore Nouveaux Territoires (Montréal, 1992). Ces expositions présentaient notamment des œuvres de protestation contre les commémorations officielles – et postcoloniales – du 500e anniversaire de la soi-disant «découverte des Amériques».

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 321 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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