Critique – Littérature

Petites et moyennes entreprises de corruption théâtrale

Peut-on vraiment être soi-même, en toute sincérité, devant une assemblée de spectateurs? L’authenticité est-elle une valeur relative? Est-il possible d’avoir une vraie conversation sur scène? L’écrivain et metteur en scène Jacob Wren cherche ardemment des réponses à ces questions, tantôt en salle de répétition, tantôt devant public, et cette fois entre les pages de l’histoire des vingt ans de PME-ART. Il ne cherche jamais seul, car la petite compagnie interdisciplinaire et bilingue qu’il codirige avec Sylvie Lachance fonde son travail sur la collaboration, moteur de leurs projets artistiques et enjeu central d’une démarche mêlant théorie, expérience du réel et biographie.

Racontée à la première personne, Authenticity Is a Feeling: My Life in PME-ART a beau être l’histoire d’un «pseudo-collectif» à géométrie variable, elle offre aussi une fine rétrospection du parcours artistique de Jacob Wren. Arrivé à Montréal à la fin des années 1990, l’auteur dramatique défroqué est en quête d’expériences plus immédiates, intimistes et collectives, espoir que la conservatrice scène torontoise ne semble pas combler: «Je voulais voir les gens habillés de leurs vêtements normaux, être eux-mêmes, marchant sur la corde raide entre structure et spontanéité, la musique qu’on aimait, jouée sur vinyle, CD ou avec des instruments, tout et n’importe quoi qui pourrait nous rapprocher de l’authenticité ou de la réalité.»

Authenticity Is a Feeling scrute cette sincérité profonde et fragile, qualité attendue des collaborateurs de PME-ART. Le théâtre, s’il cède à cette injonction essentielle d’être soi-même, n’est peut-être plus reconnaissable comme tel. Wren et Lachance partageaient déjà, bien avant leur rencontre en 1996, cet espoir de voir les lignes de la discipline se déplacer. Le théâtre tient lieu de lointain point de fuite. Et pourtant, c’est lui qui justifie la posture, tantôt radicale, tantôt subversive, des performances du groupe. Le livre capture cette utopie, l’examine et en offre le récit à travers une suite de mises à l’épreuve qu’est chacun des spectacles de PME-ART. Depuis En français comme en anglais, it’s easy to criticize (1998) jusqu’à A User’s Guide to Authenticity Is a Feeling (2018), performance-sœur de l’ouvrage, chacune des pièces est racontée, de sa genèse jusqu’aux rencontres avec les spectateurs. 

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 322 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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