Dossier

Caresser le visage de l’Autre

Réflexion sur la part de violence dans le rapport charitable à autrui.

Lorsque j’ai entrepris la rédaction du scénario de mon film Autrui, je traversais une période très difficile avec mon mari, que l’alcool avait réduit à l’état de loque. Je me suis mise à réfléchir à mon rapport à l’Autre parce que, comme il m’arrivait de me plaindre du stress que me causait la condition de mon mari, on me disait souvent: «Ben, lâche-le!»

Cela m’apparaissait tout à fait impossible, ayant choisi de m’engager auprès de lui bien au-delà des liens du mariage, et ces commentaires me choquaient profondément. Il était hors de question pour moi de laisser tomber l’homme avec lequel j’avais vécu plus de quinze ans, peu importe l’état de fatigue et de tension que me causaient ses frasques de plus en plus nombreuses. Je me suis donc mise à essayer de comprendre pourquoi il m’était impossible de l’abandonner à son sort, même si j’étais en train d’y laisser ma propre santé. De quoi émanait l’impératif de rester, coûte que coûte? Quel objectif poursuivais-je en essayant de l’aider malgré son refus manifeste de s’aider lui-même? Quel était, en substance, mon rapport à cet Autre envers qui je m’étais engagée?

Autrui, dans notre tradition judéo-chrétienne, c’est ce Prochain à qui, comme le Bon Samaritain, on doit amour et assistance. C’est celui à qui on fait en somme la charité. Cependant, cette notion de charité s’est tellement dévoyée dans notre société déshumanisée qu’il convient de la redéfinir hors des canons religieux, et hors des pratiques «philanthropiques» en usage dans notre postmodernité. La philanthropie, du grec philê et anthropos, c’est «aimer l’humanité».

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Micheline Lanctôt est cinéaste et comédienne.