Dossier

Se construire avec l’autre

Depuis 2015, une équipe de recherche québécoise a entrepris une étude de longue haleine sur l’expérience des populations déplacées. L’objectif? Définir l’hospitalité à partir de la parole des migrants.

Je suis arrivée au Québec à 10 ans, en 1990, avec mon père et ma mère, réfugiés politiques salvadoriens, ma grande sœur et mon petit frère. J’avais fait le tour de l’Amérique centrale et du Mexique. Prête à aller au bout du monde tant que je restais avec mes parents, j’ai atterri un 17 janvier à Sherbrooke, sous un mètre et demi de neige et avec une certaine crainte de ce que voulait dire être «réfugiée».

Je suis devenue politologue (et maman, entrepreneure, femme, chercheuse et auteure). Il y a trois ans, après avoir travaillé sur différents enjeux politiques sous l’angle des imaginaires sociaux, j’ai participé à la conception d’une recherche de longue haleine sur l’hospitalité. Le papier qui suit raconte l’aventure de cette enquête, toujours en cours. Parce que l’hospitalité, ça ne va pas de soi; ça se réfléchit, ça s’interroge et se met en œuvre avec l’autre. Et parce qu’en matière de recherche de qualité sur la question, le Québec n’est pas en reste. Au moment même où j’écris ces lignes, cette équipe interuniversitaire à laquelle j’ai pris part avec des anthropologues, des sociologues, des politologues, des littéraires d’origines diverses (Québec, Belgique, Colombie, Salvador, Maroc) table à repenser l’hospitalité dans le cadre des déplacements forcés contemporains.

Plongeons donc, en trois temps, dans une histoire de conceptions à refaire, de terrains à explorer, et d’arrimage entre science et vécu. Car cette recherche, nécessaire, ce sont des humains qui la font, avec leurs sensibilités, leurs craintes, leurs espoirs et leur mémoire. C’est ce qui m’amène à partager en troisième partie de ce texte un extrait d’entretien avec Leila Celis. Arrivée au Québec en 1999 de Colombie, elle a subi en propre le déplacement forcé de la campagne vers la ville, le canon des paramilitaires sur la tempe, avant d’immigrer au Canada à titre, elle aussi, de réfugiée politique. Aujourd’hui devenue professeure de sociologie à l’Université du Québec à Montréal, elle dirige le volet colombien de cette recherche sur l’hospitalité.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 322 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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Politologue, Vanessa Molina est chercheuse à l’Université de Montréal et codirectrice de l’Institut Grammata s.e.n.c. Elle est l’auteure de plusieurs écrits sur les représentations sociales et les imaginaires. Pour plus d’information sur la recherche sur l’hospitalité, consulter