Rétroviseur

Le manuscrit oublié de Trois-Rivières

Depuis plus de deux cents ans, le monastère des ursulines de Trois-Rivières conserve un manuscrit du XVIIe siècle de la Relation de 1654 de Marie de l’Incarnation. C’est un petit in-quarto, en bon état, composé de 99 feuillets et relié en parchemin, décoré sur deux angles de la première de couverture avec de la peau d’orignal. Ce manuscrit est emblématique aussi bien pour l’histoire de l’écriture en Nouvelle-France, étroitement liée au projet religieux de son implantation, que pour l’émergence de la parole féminine dont il constitue le premier témoignage sur ce territoire. À l’époque de la Contre-Réforme, les écrits des femmes ne pouvaient circuler que sous forme manuscrite puisqu’elles n’avaient aucun droit de parole en public. Elles pouvaient encore moins se dire auteures.

Longtemps, le sulpicien français Pierre Sartelon, à qui ce manuscrit appartint au xviiie siècle, et, ensuite, les religieuses de Trois-Rivières, qui le reçurent plus tard, ont cru être en présence de l’original de la Relation spirituelle de 1654 de Marie de l’Incar­nation. En réalité, ce texte, qui sans doute parvint aux ursulines trifluviennes comme don des sulpiciens de Montréal après le désastre de l’incendie de leur couvent en 1806, n’est qu’une copie, qui remonte à la même époque que la rédaction de l’original. C’est ce que prouvèrent, dans les années vingt, les expertises approfondies de Dom Albert Jamet, l’éditeur contemporain des œuvres de Marie de l’Incarnation.

Deux copistes inconnues, peut-être des consœurs, doivent l’avoir recopié peu après sa rédaction pour le préserver, conscientes du danger de perdre irrémédiablement ce témoignage précieux venu d’une religieuse éminente, première missionnaire française en Nouvelle-France et grande mystique. Il s’agit d’une Relation spirituelle rédigée à un âge mûr, après un itinéraire que Marie de l’Incarnation elle-même considère comme exceptionnel pour l’époque. Elle y raconte son extraordinaire aventure de mystique et d’évangélisatrice au Nouveau Monde, dans une écriture marquée par l’effacement, le renoncement et par une grandeur d’âme exceptionnelle, parfaitement en consonance avec la spiritualité d’un siècle traversé par l’élan missionnaire et projeté vers une sphère ultra-terrienne. Il est considéré unanimement par ses exégètes comme le chef-d’œuvre de l’ursuline.

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