Critique – Cinéma

La possibilité d’une parole

Le film de Michka Saäl restitue huit ans d’échanges avec Spoon, Afro-américain emprisonné à vie et poète.

En anglais, un emprisonnement à vie sans possibilité de libération conditionnelle se dit life without possibility of parole – traduite littéralement, l’expression devient une vie sans possibilité de parole. La justice décide que jamais elle ne reconnaîtra l’authenticité de la parole de l’accusé. Jamais sa parole ne pourra le racheter, mener à son pardon et lui redonner la liberté.

C’est cette peine que purge Spoon Jackson, Afro-américain enfermé pour un meurtre commis alors qu’il était adolescent. Au fil des décennies passées entre quatre murs, Spoon s’est accordé à lui-même un droit à la parole, en lisant et surtout en s’adonnant à l’écriture, poétique ou autobiogra­phique, qui n’est pas que le substitut imaginaire d’une liberté perdue, mais, plus profondément, un combat intime contre le jugement pesant contre lui. La réalisatrice Michka Saäl a fait sa rencontre alors qu’elle visitait pas moins de vingt-six prisons américaines pour le documentaire Les prisonniers de Beckett. Avec l’idée porteuse que la puissance et l’impuissance des mots face à la détresse et à l’absurdité de la condition humaine étaient plus qu’un sujet de film, mais une question de responsabilité éthique et politique, la cinéaste est revenue vers Spoon.

Spoon Jackson et Michka Saäl ont entretenu une relation consistant principalement en un échange de longues lettres manuscrites et d’une suite d’appels téléphoniques, chronométrés par l’établissement de détention. Résultat de huit ans d’échange, de travail, de distance, le film, essentiellement construit à partir de ces appels, nous montre leur relation: nous entendons Spoon s’exprimer sur la condition de prisonnier, la condition des Noirs dans le sud des États-Unis, le paradis perdu de l’enfance, la relation possible avec une femme qu’on ne peut pas toucher, etc.

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