Critique – Théâtre / Liberté au FTA

L’art subversionné

La performance de Dries Verhoeven provoque certes un malaise. Mais de quoi ce malaise est-il fait?

La proverbiale liberté de créer et d’interpréter n’y fera rien. La performance théâtrale de Dries Verhoeven, Ceci n’est pas…, jouée à Montréal ce printemps dans le cadre du Festival TransAmériques, présente des problèmes d’ordre esthétique et éthique.

Le but affiché: faire œuvre de «subversion». L’artiste constate que l’institutionnalisation de l’art a découragé ses pairs, dans l’histoire récente, de faire preuve de subversion dans leurs œuvres. C’est ce qui est donné à lire dès le premier jour sur l’écriteau qui accompagne le dispositif. Le FTA, tout financé qu’il est par des ministères, agences gouvernementales, sociétés hôtelières et grands médias, a souhaité remédier à la situation en imposant l’œuvre aux badauds du centre-ville. Voilà donc que, pendant dix jours, une cage de verre sise à l’angle Sainte-Catherine et Jeanne-Mance leur présentera un tableau vivant, le plus souvent d’une quinzaine de minutes, qui sera appelé à changer quotidiennement.

La subversion est ici prise au sérieux, prévue, et strictement délimitée dans les paramètres de l’art. Attention, ici, on choque! On subvertit, dans les paramètres indiqués par les institutions de l’art subventionné. Or la synthèse annoncée entre l’institutionnalisation de l’art et son potentiel de subversion ne se réalisera pas. La «subversion» est certes reconnaissable, mais en singeant les fonctionnaires d’un ministère de la Culture chargés de classer la pièce dans la catégorie appropriée. On est là en pleine institutionnalisation, et l’œuvre de Verhoeven nous rejoue les scènes jadis provocantes de Judith Malina et de Julian Beck à l’époque où, en pleine rue, le Living Theatre prenait de court les New-Yorkais.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 309 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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