Critique – Essai

Roland Barthes par quelqu’un d’autre

Tiphaine Samoyault propose une biographie fine et intelligente du grand philosophe.

Je croyais, un peu bêtement, que la collection «Fiction & Cie» des Éditions du Seuil était dédiée aux seules fictions. Me revenaient en tête des noms comme ceux de Patrick Deville, d’Olivier Rolin, d’Antoine Volodine. Mais, à tout prendre, pouvait-il y avoir une meilleure collection pour cette vie racontée de Roland Barthes (1905-1980)? À cause de la fondation de «Fictions & Cie», en 1974, dans le sillage de Tel quel, mais également à cause de son clin d’œil aux premiers mots du Roland Barthes par Roland Barthes (1975): «Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman.» Sans compter ce fameux roman, sa «Vita Nova», jamais écrit mais longuement préparé – avant sa naissance, pourrait-on dire, quand Flaubert a décidé de faire simple avec Bouvard et Pécuchet. Fiction, mort de l’auteur, roman jamais achevé, personnage de fiction qui se prend pour un autre: il faut savoir où l’on met les pieds quand on s’embarque dans une biographie de la sorte.

Tiphaine Samoyault avait tout ce qu’il fallait pour se tenir de bord en bord de la mort de l’écrivain: universitaire reconnue, professeure à la Sorbonne Nouvelle, elle-même romancière. Elle y a sans doute beaucoup pensé pendant les 700 pages qu’elle a consacrées à Barthes: «La mort d’un écrivain n’est pas vraiment la suite logique de son existence. Elle ne se confond pas avec “la mort de l’auteur”. Mais la mort d’un écrivain rend possibles la vie de l’auteur et l’examen des signes de la mort disposés dans son œuvre.» Ainsi, cette biographie s’ouvre et se ferme sur l’arrivée impromptue, le 25 février 1980, d’un camion de teinturier près du collège de France. Barthes en mourra – de ça et d’autres choses – le 26 mars de la même année

Selon toute vraisemblance, Tiphaine Samoyault n’a pas été prise de vertige: elle a mené, avec brio, sa traversée barthésienne. Elle a été attentive à tout, à commencer, peut-être, par toutes les incises, toutes les parenthèses qui font la beauté rare de cette œuvre et de cette vie. Certes, la réussite tient également à ce matériau neuf qu’elle a pu consulter, comme les agendas et le fameux «fichier-journal» créé et enrichi par Barthes au fil des années. Du neuf qu’elle n’a pas privilégié, par contre, au détriment des œuvres que l’on connaît déjà, du Degré zéro de l’écriture à La chambre claire. La vie et l’œuvre: Tiphaine Samoyault réussit parfaitement à traiter des ouvrages sans les résumer dans un encadré. Lagarde et Michard sont tenus à une distance appréciable.

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