Critique – Fiction

Tromper le polar

Bondrée brouille les frontières de genre.

Les prix littéraires remis au Québec en 2014 permettent peut-être de tracer les grandes lignes de la narration de l’année en littérature, émondant ce qu’ils considèrent comme anecdotique et glorifiant le reste. Un roman, Bondrée d’Andrée A. Michaud, a remporté des prix populaires (le Saint-Pacôme du roman policier et le prix des lecteurs Saint-Pacôme) ainsi que le nec plus ultra de la communauté littéraire: le bien nommé prix du Gouverneur général.

Mais qu’est-ce à dire? La première fois n’a ici que peu d’impor­tance; après tout, la littérature policière n’a commencé à s’organiser que tardivement au Québec. N’empêche, le phénomène est étonnant, une littérature du whodunit, qu’on a mise conventionnellement à côté de la littérature (l’étiquette paralittéraire ne dit rien d’autre) se trouve cette année au sommet symbolique. Il faut bien le souligner, il y va de la nature même de l’œuvre.

Roman policier, Bondrée l’est: la mort violente de Sissy et de Zaza, l’enquête de Stan Michaud qui s’ensuit, l’horreur qui s’étend jusqu’au dénouement répètent, certes avec virtuosité, le schéma connu, typique de la littérature policière. Mais par petits pas de côté, qu’annonce d’ailleurs une écriture lyrique, habile, capable de rendre compte du renversement d’un milieu idyllique, le lieu de vacances estivales où les gamines francophones et anglophones s’amusent avec liberté et indolence, et de rendre compte d’une époque aussi bien, les joyeuses sixties, Bondrée réussit à tromper le polar, à détourner un peu l’attention de la question ludique qu’impose le genre. Parfois, c’est vrai, on se demande moins qui a fait ça? que qu’est-ce que ceci?

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