Critique – Fiction

Le désespoir, et après?

Le repaire des solitudes est exemplaire d’une certaine esthétique de la misère.

Cela peut être difficile à admettre, mais il y a parfois dans le désespoir – ou dans une certaine forme de désenchantement qu’on nomme désespoir – quelque chose de gratifiant, comme si cet état était un gage de sensibilité devant l’injustice du monde. On sent par moments poindre ce raccourci dans Le repaire des solitudes, premier recueil de nouvelles de Danny Émond. Ses personnages souffrent et, à défaut de trouver un sens à leur existence, proposent au lecteur une expérience purgative simple et efficace: la vie est une vaste vacherie et le simple fait de l’énoncer rend cette impression plus supportable. Mais est-ce suffisant?

Dans le premier texte du recueil, «Autofriction», un écrivain raconte sa venue au monde, résultat d’un «va-et-vient accidentel lors d’une soirée d’ennui». S’ensuit la description d’une deuxième naissance, intellectuelle celle-là, qui repose sur le résumé de sa situation existentielle: «Très tôt j’ai surpris le réel en flagrant délit d’insignifiance. De ce constat, on ne se remet pas du jour au lendemain.» Les textes qui suivent peuvent être décrits comme autant de tentatives d’illustrer, voire d’exploiter ce tableau. Leur écriture, croit-on comprendre, exprime la volonté de désamorcer l’insignifiance du réel en suggérant qu’il s’agit d’une expérience partagée, d’où émergerait l’occasion d’une certaine solidarité. La prémisse n’est pas très originale, mais il y a chez Émond un sens du rythme qui incite à poursuivre la lecture et qui parvient à racheter, un certain temps du moins, une vision du monde un peu réductrice.

À son meilleur, Émond fait preuve d’un humour noir qui rappelle celui de l’écrivain français Régis Jauffret dans les Microfictions (2007), lorsqu’il raconte par exemple la naissance de Maurice, un personnage récurrent du recueil, et qu’il termine le récit en évoquant l’impression inavouable de sa mère: «Dès qu’elle t’a vu, elle t’a trouvé laid.» Un peu plus loin, on retrouve le même Maurice, désormais alcoolique et nouvellement converti au catholicisme, se faisant tatouer le visage de la Vierge malgré sa peur des aiguilles et se réveillant le lendemain avec «l’un des tatouages les plus affreux de l’Histoire», une abomination qu’il montre néanmoins avec beaucoup de fierté à ceux qu’il croise.

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