Essai libre

Une décennie de pouvoir qui a changé le Canada

Un simple changement de gouvernement ne pourra pas refaire ce qui a été défait par le gouvernement Harper.

Avant même de connaître les résultats de la prochaine élection fédérale du 19 octobre 2015, il est impératif de réfléchir à l’héritage laissé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Sans savoir encore si ce dernier sera toujours premier ministre au moment d’écrire ces lignes, on conviendra sans peine que, depuis 2006, son gouvernement a élaboré un ensemble de politiques et de mesures législatives qui ont laissé leurs marques sur la politique canadienne.

Or, ces mesures continueront d’avoir des effets sur notre société, même advenant un changement de gouvernement. Un exemple frappant concerne la capacité fiscale du gouvernement fédéral qui, notamment avec la baisse de la taxe sur les produits et services (tps), a été considérablement réduite. Les partis d’opposition les plus susceptibles de prendre le pouvoir ne parlent guère de la lui rendre, en tout cas pas grâce à une augmentation de la tps. C’est là un changement parmi d’autres montrant l’importance des mesures prises par les conservateurs au pouvoir.

D’autres politiques permettent de mieux saisir cette conception conservatrice, laquelle a trop souvent été réduite à une vision religieuse du monde. Car, à tout vouloir expliquer à travers le prisme de la religion, nous avons paradoxalement perdu de vue ce qui constitue l’essentiel et la singularité de l’idéologie politique et économique des conservateurs: l’opposition à ce qu’ils perçoivent comme un Canada libéral, c’est-à-dire une fédération façonnée par un Parti libéral jugé trop progressiste qui, sous Lester B. Pearson et Pierre Elliott Trudeau, aurait fait fausse route à partir des années soixante. C’est donc à un projet de reconfiguration conservatrice du Canada que Stephen Harper et les siens se sont attelés dès les lendemains de la victoire de janvier 2006. À l’instar du Parti réformiste de Preston Manning dans les années quatre-vingt-dix, les conservateurs de Stephen Harper sont fermement convaincus que les libéraux, surtout à partir de Lester B. Pearson et de Pierre Elliott Trudeau, ont non seulement mis en place de mauvaises politiques, mais ont engagé le Canada dans un cul-de-sac. Essentiellement, les conservateurs d’aujourd’hui reprochent aux gouvernements libéraux d’avoir lancé des politiques économiques et sociales qui, dans le but de lutter contre les inégalités régionales, ont favorisé cer­taines régions au détriment (économique) d’autres. La mise en place d’un État fédéral «plus juste», ce que souhaitaient les libéraux, aurait eu pour effet de désavantager les économies de l’Ouest au profit de l’Ontario et peut-être encore plus du Québec, un bastion électoral libéral. De plus, des politiques comme celles de la péréquation et de l’assurance-emploi auraient déstabilisé, si on peut dire, l’équilibre «naturel» du marché économique canadien. C’est pourquoi, selon les conservateurs, l’État doit abandonner la fonction d’agent de stabilisation nationale pour plutôt suivre le pas dicté par les marchés.

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