Entretien

Antoine Laprise

Des bêtes et des classiques

Depuis la présentation de Candide, d’après Voltaire, en 1995, Antoine Laprise a développé un «théâtre de marionnettes pour adultes» fondé sur l’exploration des textes fondateurs (la Bible, les Essais de Montaigne, le Discours de la méthode, etc.). Le Théâtre d’Aujourd’hui reprendra cet automne son Guerre et paix, tandis que la compagnie fêtera son vingtième anniversaire.

Liberté — Comme nous fêtons cette année le vingtième anniversaire du Théâtre du Sous-marin jaune, j’aimerais d’abord savoir comment est né le Loup Bleu et surtout, pourquoi il est devenu le narra­teur récurrent de l’ensemble de tes spectacles.

Antoine Laprise — Comme pour bien des choses, c’est une série de hasards qui ont mené à sa naissance. Josée Campanale, qui dirigeait les Marionnettes du Grand Théâtre de Québec, est venue me voir un soir, dans la loge, après un spectacle. De but en blanc, elle m’a demandé si je voulais faire de la marionnette. Spontanément, j’ai dit oui. J’avais vingt-trois ans, je venais de sortir du Conservatoire, et si j’ai accepté d’emblée, c’est parce que ça me semblait d’une évidence incontournable pour moi. J’ai toujours eu un rapport passionnel au bricolage. J’ai intensément bricolé quand j’étais petit. Quand j’ai découvert les vertus de la colle blanche, je suis devenu maniaque. Je tripais vraiment très fort. J’aurais très bien pu devenir maquettiste. Ce qui est drôle, c’est que mon amour du bricolage découlait d’une insatisfaction. En lisant les bandes dessinées, je trouvais que l’expérience manquait de relief. Je me suis donc mis à découper les personnages, en gardant leur base attachée à la page, pour faire un peu comme des pop-ups, pour leur donner vie. Le même sentiment – la même insatis­faction – m’a poussé ensuite à faire du théâtre.

J’ai donc travaillé pendant trois ou quatre ans avec Josée et c’est elle qui m’a, entre autres, transmis la notion de jeu à vue, sans castelet, qui installe une relation si parti­culière entre les manipulateurs et les spectateurs. Dans la foulée d’une tournée d’un de ses spectacles à Jonquière, probablement en 1993, je suis tombé sur le kiosque d’une femme qui vendait des marionnettes en papier mâché, et il y en avait une, bleue, qui ressemblait à un loup. Je l’ai achetée. Dans le parc des Laurentides, au retour, je me suis mis à improviser avec elle, à jouer, entre autres, Œdipe à Colone, parce qu’un des bras de la marionnette avait un bâton qui lui donnait l’air de tenir une canne. Je la faisais marcher comme si c’était un aveugle, puis je me suis mis à déconner comme ça et, en l’espace de très peu de temps, la marionnette est devenue un philosophe. Le Loup Bleu était né.

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