«CT Bi1»

Vivre avec l’esprit du temps.

L’unanimité sur le bien-fondé des cours obligatoires d’éducation sexuelle finit par me sidérer. Toutes ces voix mâles et femelles gonflant unanimement de leur hélium les mots de la matière pédagogique sexuelle avec la prétention de posséder la maîtrise de la neutralité et de l’objectivité sur eux m’irritent à un degré qui dépasse celui que j’ai pu atteindre à l’adolescence quand un·e adulte s’essayait à me faire croire à la chasteté de ses grimaces en tripotant ses paparmanes. Les mots du sexe sont aussi juteux que le sexe, ils servent à avoir une relation sexuelle. Les mots du sexe sont excitants et ils excitent le sexe. Et l’adolescente que j’ai été, abusée à l’os, n’a même pas pu supporter jusqu’à la fin son premier cours de physique où un prof mâle masturbait un pénis en ferraille avec une guenille pour faire la démonstra­tion de l’origine de l’électricité. Les sueurs qui perlaient sur son front, sa salive même, pendant qu’il forçait l’affaire, étaient d’un pénible, je ne vous dis pas. Un enfant, c’est quelqu’un qui voit l’adulte saliver ou pas, qui voit la pupille de l’adulte s’agrandir ou pas, et les pores de sa peau battre. L’enfant, c’est quelqu’un qui entend que la gorge se serre, s’entrouvre, se resserre, qui voit la moiteur des mains et des doigts, qui sent l’odeur des sueurs et qui entend les pièces de monnaie tinter dans les poches.

Je ne comprends pas cette unanimité autour de la pédagogie du sexe qui a saisi la communauté tout entière et qui toise du ton les attardés de la question, les d’un autre siècle. Et pourquoi, pourquoi est-ce que ce ne serait pas plutôt les parents qui devraient être assujettis à suivre des cours d’éducation sexuelle? Ils pourraient alors mesurer eux-mêmes ce qu’ils s’apprêtent à faire subir à leurs enfants. Ils pourraient alors comprendre un peu mieux les attardés de la question et rattraper leur propre retard. Les abus sexuels, ce sont eux, les parents, qui les perpétuent, non pas forcément en abusant de leurs enfants, mais en les abusant et en s’abusant. C’est aux parents, puisqu’ils sont si extraordinairement cools, zens et décontractés et chastes, de suivre des cours d’éducation sexuelle qui les mettront en face de ce qu’ils transmettent, veut veut pas. Et ils apprendront peut-être comment respecter le rythme de l’apprentissage de leurs enfants. Pendant que les parents suivraient ces cours, leurs enfants pourraient, quant à eux, bénéficier de quelques cours d’initiation à la musique que nous avons sans état d’âme fait disparaître des écoles.

Voilà, c’est dit. Je ne tenais pas à le dire, je ne suis pas là pour ça. Je fais des prélèvements, vous savez bien. Mais tant pis. C’est dit, restons calmes et tout sera calme. La concision de l’épitaphe gravée sur la petite pierre tombale de Nicole Coquatrix que je n’ai pas eu le plaisir de connaître m’apaise à tout coup: «C’était bien.» On dirait un texto: «CT Bi1.» Dès que j’aperçois ce «C’était bien» au cours de mes randonnées au cimetière Mont-Royal, une paresse sexualisée m’envahit totalement pendant que je redescends saluer la marmotte qui offre ses petites mamelles meurtries au soleil.

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