Critique – Cinéma

La couleur toxique de la technologie

The Enclave s’approprie une invention militaire pour mettre en lumière les conflits congolais.

L’installation vidéo The Enclave fait partie d’une œuvre plus vaste que le photographe irlandais Richard Mosse a consacrée à la République démocratique du Congo. Ce travail documente l’état de guerre permanent dans la partie orientale du pays, dont l’extraction minière dans cette région si riche en minerais et en terres rares constitue la toile de fond. Au cours de ce long conflit, les groupes armés et leurs changements d’allégeance se sont multipliés, les exactions accompagnant les hostilités devenant innombrables. L’«enclave» qui donne son titre à l’installation désigne la zone au-delà de la ligne de front, là où combats, violences, abus ont lieu, un au-delà où «once you’re in there, time changes, as does logic », pour reprendre les mots de Mosse lui-même.

L’exposition rassemblait trois photo­graphies grand format tirées du premier travail de Mosse en RDC, Infra (2011), et l’installation vidéo. Toutes ces images partagent la caractéristique d’avoir été enregistrées sur une pellicule sensible aux infrarouges, qui se développe en fausses couleurs: tout ce qui est vert y est transformé en une intense palette de rouges. Les paysages de cette région boisée par la forêt tropicale se retrouvent couverts de fuchsia, de framboise écrasée, de cramoisi. L’effet varie avec le feuillage et l’échelle des prises de vue, grand panorama de montagnes ou portraits au milieu de hautes herbes parsemées de fleurs blanches, mais le résultat est toujours d’une beauté saisissante.

Les tenues en toile de camouflage des soldats, où le vert et le brun dominent, sont également modifiées et, du point de vue de la couleur, comme inversées, le rouge étant en principe absent du vert, dont il est la couleur complémentaire. Cet effet tient aux attributs de la pellicule si particulière que Mosse a utilisée pour son travail: Kodak Aerochrome, un film mis au point par l’armée américaine pour la surveillance aérienne, permettant notamment de distinguer des zones camouflées de la couverture végétale. Le nerf technique et esthétique de ce travail est donc une technologie militaire, autrement dit: une arme.

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