Critique – Cinéma

La morale scandaleuse

Standstill, avec ses héros colonisés, transgresse les codes esthétiques et moraux du cinéma policier.

Par convention, le film dont le récit repose sur une intrigue criminelle nous conduit vers un jugement final qui n’ébranle en rien les valeurs établies d’une société: est-ce un tel ou un autre qui a tué? Le personnage est-il fautif ou a-t-il agi en conformité avec la Loi? Le plus souvent, on voudra démontrer l’innocence d’un héros ou on montrera le coupable jugé, puni, châtié. Étiqueté méchant. Les questions morales, mais surtout leurs réponses doivent être explicites: tranchées et immédiatement intelligibles. Alors le cinéma devient l’agent culturel du système judiciaire, il se range comme il se doit dans la catégorie média de communication; il participe à la diffusion dans la conscience sociale de valeurs de vérité qui avancent main dans la main en conformité avec un ordre qui, nous répète-t-on, est juste.

Standstill, de Majdi El-Omari, échappe à ce genre d’orthodoxie cinématographique. Il exige du spectateur qu’il pense en échappant aux schèmes communs, qu’ils soient moraux, esthétiques ou politiques.

Le point de départ est d’emblée représentatif d’une confrontation avec les valeurs du sens commun, ce qui, aux yeux de certains, pourrait lui valoir l’accusation d’outrage aux principes d’une autorité juridique laïque: un homme arrivant sur les lieux d’un meurtre, mais ignorant des circonstances qui ont mené au crime, choisit de ne pas livrer la responsable à la police. En aidant celle qui a tué, il s’aidera lui-même, et redonnera un sens à sa vie sclérosée. Amoraliste que ce Standstill? Au contraire, la fiction nous plonge pour une rare fois en plein cœur des rapports complexes qui opposent l’individu et l’autorité, et elle ose, là où certains ne font que l’effleurer, une réelle et courageuse réflexion morale.

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