Critique – Poésie

Faire entendre

Le deuxième volume des œuvres complètes de Christophe Tarkos rassemble ses performances et ses expérimentations poétiques hors la page.

Vers 1990, Christophe Tarkos abandonne sa vie de professeur de lycée pour devenir poète. Sa trentaine y est entièrement consacrée. Il intègre le milieu de la poésie française contemporaine en multipliant les publications dans des périodiques (Action poétique, Doc(k)s, TTC…) et en en fondant avec des poètes dont il partage les vues littéraires (Nathalie Quintane, Katalin Molnar, Charles Pennequin), mais aussi en se livrant à de nombreuses interventions publiques. Dès 1995, ses livres com­mencent à défiler: Morceaux choisis (préfacé par Christian Prigent), Oui, Processe. P.O.L fait paraître Caisses en 1998 et la majorité des derniers livres de Tarkos y seront publiés: Le Signe = (1999), le plus volumineux de ses manifestes, PAN (2000) qui réunit l’essentiel de ses textes diffusés préalablement en revues et l’ultime Anachronisme (2001), son œuvre la plus personnelle et aboutie. C’est au tournant des années 2000 que Tarkos apprend qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau qui le forcera à cesser ses activités. Il meurt à 41 ans en 2004.

Cet échantillon de la bibliographie du prolifique poète a de quoi donner le tournis. Il acquiert d’ailleurs une rapide reconnaissance du milieu poétique, éditorial et critique – l’essayiste et poète Christian Prigent n’est pas le seul à souligner l’innovation de sa poésie, pensons à d’autres acteurs respectés du milieu comme Jean-Marie Gleize, Jean-Claude Pinson et Jean-Michel Espitallier. Après la disparition de Tarkos, Paul Otchakovsky-Laurens poursuit son entreprise de diffusion avec le premier tome des œuvres intitulé Écrits poétiques (2008), qui rend disponibles bon nombre de ses textes devenus jusque-là difficiles d’accès, en plus des retranscriptions d’entretiens. Après s’être arrêté à la portion écrite de son œuvre, P.O.L complète l’édifice avec le deuxième tome, L’enregistré (2014), qui s’attaque au pan «oral» de son travail.

Car en parallèle de toutes ses activités poétiques écrites, Tarkos participait à divers événements, festivals et lancements lors desquels il offrait des «performances / improvisations / lectures». Avec ce sous-titre, Philippe Castellin, qui est responsable de l’édition, évite de condenser les pratiques orales de Tarkos sous le terme trop flou de «performance». Il souligne qu’il s’agit généralement d’une pratique de lecture, parfois libre et détachée du texte, d’autres fois plus près de sa réactualisation rendue possible par les infléchissements de la voix ou un accompagnement musical. Tarkos écrivait plusieurs versions de ses poèmes et noircissait des pages de notes avant de se produire sur scène, ce qui nuance la notion même d’improvisation. Il signale plus d’une fois l’interaction entre lecture, parole dite et écrite: «je lis à haute voix ce que j’ai écrit ou ce que je n’ai pas encore écrit qui me traverse la tête pour faire ce qu’un texte fait sans l’écrire, mais cela seulement lors d’une lecture publique à haute voix où je ne suis pas obligé de lire alors je ne parle pas de la lecture, je lis dans ma tête sans feuille.»

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