Critique – Poésie

Devoir de colère, devoir d’amour

Laurance Ouellet Tremblay nous fait naître à la déraison.

Je n’ai rien apporté, que je sache, des qualités requises par la vie, je n’ai apporté que l’humaine et générale faiblesse.

— Franz Kafka, 25 février 1918

On ne vient pas tous au monde de la même manière: certains poussent dans la terre avec les choux, d’autres descendent du ciel avec les cigognes. C’est connu. Certains ont des plumes, des écailles, de l’écorce; d’autres sont nus comme des vers. Personne n’a les mêmes armes, les mêmes chances. Par la tête ou par les pieds, on naît dans la différence – l’inégalité. La démesure, la violence. L’amour, parfois.

La colère est simple pour qui sait l’entendre.

Bien sûr, il y a des voix plus bruyantes que d’autres. Plus tonitruantes, plus bavardes. Qui parlent et parlent sans percer le blanc bruit du monde. Il y en a d’autres qu’on entend à peine, qui n’ajoutent rien au tumulte, mais le brisent à force de douceur.

C’est une telle voix, déraisonnable et sans mesure, qu’on entend dans les livres de Laurance Ouellet Tremblay. Le dernier, en particulier: Salut Loup!, qui prolonge le chantier ouvert avec Était une bête (La Peuplade, 2010) – deux livres de poèmes parmi les plus beaux que j’ai vus paraître ces dernières années.

C’est d’engendrement qu’il s’agit ici, de naissance et de passation, du monde dont on hérite et qu’on laissera ou léguera un jour. Les poèmes avancent en suivant une ligne chaque fois plus profonde et plus claire, «une ligne d’osmose entre l’amour immense et la violence inouïe qu’implique un acte d’engendrement».

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