Dossier

L’art finlandais de la fabrication des boîtes

Il n’y a pas de miracle éducatif en Finlande.

Toute leur vie durant, les Finlandais entrent dans des boîtes. Ils en fabriquent beaucoup. Plusieurs d’entre elles attirent l’attention du monde entier. D’abord, dès la naissance, par volonté de réduire les iniquités, le gouvernement finlandais remet à tous les parents d’un nouvel enfant la äitiyspakkaus : une boîte dans laquelle on trouvera quelques vêtements, un hochet, deux livres, un ensemble pour l’hygiène de bébé, des bonnets, des bavettes et même un petit matelas. Année après année, on peut trouver des reportages de partout sur la planète parlant de la boîte de 70 × 43 × 27 cm, d’une taille, donc, lui permettant de servir de lit, offerte depuis 1949 à toutes les mères qui en font la demande.

Ce n’est pas la première caisse fabriquée en Finlande qui captive le monde occidental. Ce serait oublier les Olympiques d’été de Paris en 1924, où le Paavo Nurmi, le finlandais volant, remporta cinq médailles d’or et permit à la Finlande d’arriver deuxième au tableau des médailles en se faufilant entre les États-Unis et la France. À l’époque, le monde entier s’interrogea et chercha les causes d’un tel succès, d’un tel miracle. Nombreux furent les observateurs, journalistes et sportifs qui soulignèrent la présence, pendant les jeux, d’un étrange cube tout de bois, installé à proximité des quartiers généraux de l’équipe finlandaise. La rumeur voulait qu’on puisse apercevoir les sportifs du pays y entrer puis en sortir tout suintants et revivifiés. Des chercheurs de Harvard qui en avaient entendu parler et des sprinteurs américains qui avaient entraperçu le rituel ont vite fait, de retour dans leur pays, de prendre rendez-vous avec des Fenno-Américains pour en savoir plus. L’Amérique découvrait le sauna.


Le système éducatif finlandais est une autre de ces jolies boîtes made in Finlande dans laquelle plusieurs veulent s’insérer. En éducation, la Finlande est désormais une habituée des podiums. Depuis le début des années 2000, ses résultats à l’examen du pisa (Programme for International Student Assessment) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (ocde) font de son système éducatif un modèle à la fois mystérieux et convoité, suscitant envie et fascination. C’est le caramel de la Caramilk appliqué à l’éducation. Comment la Finlande peut-elle avoir de si bons résultats alors que le gouvernement investit relativement peu d’argent dans l’éducation, que les enfants commencent à fréquenter l’école à sept ans, y passent moins d’heures par jour que dans tous les pays de l’ocde à l’exception de la Grèce et de la Pologne, sont rarement testés, n’ont à peu près pas de devoirs, sont accompagnés tout en douceur dans des classes sonic youth parmi les plus bruyantes du monde, et tout ça, sans frais de scolarité? Un prof encore respecté dans la cité est à tout point de vue un avantage pour un élève… Et ce, même d’un point de vue champ droit. Alors que la rhétorique du champ gauche valorise le plus souvent l’équité et l’accessibilité, que celle du côté droit mise sur la compétition, l’excellence et la qualité, le modèle finlandais, tel qu’il est, propose un buffet où conservateurs et progressistes trouvent à boire et à manger.

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