Dossier

Le ver était dans la pomme

Et si la crise actuelle de l’éducation au Québec avait ses racines dans le rapport Parent?

À peu près tout le monde s’entendra pour dire que l’éducation, au Québec, ne va pas bien. Les réformes pédagogiques sont décriées de toutes parts et les hausses de frais de scolarité de Jean Charest sont maintenant ajustées à l’inflation, gracieuseté de Pauline Marois. Et ceci malgré une grève étudiante d’une ampleur historique, qu’on s’affaire à oublier. Ces hausses, faut-il le rappeler, les libéraux les souhaitaient en 2012, sous prétexte qu’il nous était absolument nécessaire de rejoindre la moyenne canadienne afin que nos universités demeurent «compétitives». Pour une bonne part des habitués des chambres de commerce et bon nombre des recteurs, le problème de notre éducation se résume en effet à notre difficulté à nous adapter au modèle américain de l’université commerciale et à financer la course à l’innovation technico-économique dans nos universités. Or, plus nous nous détournons des idéaux fondateurs de l’éducation moderne (construction de l’autonomie des sujets, développement de la faculté de juger, transmission de la culture et de la connaissance, etc.), plus nous écoutons le discours prônant «l’adaptation» de l’éducation à «un monde en constant changement», bref, à l’économie, plus la crise de l’éducation semble s’aggraver. Déjà en 1995, Michel Freitag, le regretté sociologue québécois, s’inquiétait de voir poindre ce qu’il appelait, dans un ouvrage éponyme, le «naufrage de l’université».

La Révolution tranquille nous faisait pourtant miroiter des croissants de soleil pour déjeuner. Les libéraux de Jean Lesage promettaient la gratuité scolaire, le rapport Parent parlait d’une éducation inspirée par un «humanisme nouveau» et le ministre Paul Gérin-Lajoie assurait que les réformes de l’éducation allaient garantir la survie de notre culture et de notre «groupe français» en Amérique du Nord. Nous allions créer un ministère de l’Éducation et avoir de vraies écoles, et peut-être même devenir enfin, comme le disait Bourgault, un «pays comme les autres».

Au risque de renverser quelques idoles, il faut dire que, si notre éducation est aujourd’hui devenue utilitaire et commercialisée, cela ne tient pas du hasard. Le ver était déjà dans le fruit dès le rapport Parent, qu’on aime pourtant citer en tant que représentant de l’âge d’or d’un humanisme éducatif qui se serait mystérieusement volatilisé la semaine dernière. Le problème est qu’on évoque le fameux rapport plus souvent qu’on ne le lit. Certes, on y trouve de bien plus nobles intentions que dans les discours de n’importe quel ministre de l’Éducation des dernières années et, à n’en pas douter, l’ouvrage commande le respect. Mais si l’humanisme y est effectivement très présent, on en parle d’une manière confuse, tant on est tiraillés entre la transmission de la culture et la production d’un savoir adapté aux transformations de la société industrielle de masse.

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