Critique – Scènes

Un festival et ses communautés

Au moment d’écrire ces lignes, je n’occupe déjà plus mon poste de dramaturge associée au Festival TransAmériques, qui a pris fin avec son édition 2022. C’est le moment propice pour poser un regard rétrospectif sur mes années passées au sein de cette institution montréalaise, qui a pour mission de «renforcer les synergies entre les arts, les communautés et les festivaliers» par la coproduction et la diffusion d’œuvres nationales et internationales de danse et de théâtre contemporains. J’ai pu constater de l’intérieur que cette synergie se produit également depuis un autre lieu que celui de la programmation artistique, un lieu «improductif» et (de moins en moins) périphérique, à la fois indépendant et complémentaire aux œuvres. En effet, alors que le FTA peut sembler peu accessible (coût et rareté des billets, noms prestigieux), il s’efforce à mon sens de créer une brèche au sein de la machine spectaculaire, d’imaginer d’autres modes de participation au festival, autant pour le public que pour les artistes. C’est dans ces interstices que je vous emmène, afin de rendre compte de l’importance pour l’écologie des arts vivants des petits et grands gestes posés par ce genre d’institution. Des Salutations aux Éveils du corps, des Cliniques dramaturgiques aux Respirations, le FTA déploie avec le temps des initiatives notables à différentes échelles, multipliant ses points d’ancrage au sein des communautés auprès desquelles il souhaite s’engager.

Après l’annulation de l’édition 2020, toute l’équipe du festival s’est interrogée quant à la meilleure façon de rassembler à nouveau ses publics et de «faire jaillir la lumière et la beauté là où on ne les attend pas». Comment aller à la rencontre de l’autre après un an de confinement? Quelle action poser pour retrouver, en douceur, même un semblant de vivre-ensemble? En 2021, il importait d’habiter non seulement les théâtres, mais les espaces public et virtuel aussi.

Les Salutations sont ainsi nées de ce désir de soigner le lien avec les festivaliers et festivalières, peu importe leur situation géographique ou sanitaire. Cette série unique que j’ai eu le bonheur de piloter s’est déroulée à intervalle de deux ou trois jours tout au long de la quinzième édition du festival. À l’invitation du FTA, neuf artistes ont, chacun et chacune à sa manière, salué la ville, le territoire, la vie, les esprits, dans un lieu de leur choix à précisément 8 heures le matin. Leurs gestes et leurs mots ont été partagés par l’entremise d’une capsule vidéo en direct, accessible en ligne jusqu’à la fin du festival.

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