Critique – Littérature

Le minimum pour survivre

Dans la préface de Sauterelle dans jouet, recueil écrit par Marcel Hébert, Frédéric Dumont demande: «Avons-nous marché une seule fois dans les rues sans charrier notre chambre avec nous?» L’impression d’une pièce qui nous suit, je l’endure souvent. Le désordre de la maison reste à l’intérieur de ma tête: les tâches à cocher, le bas oublié dans la sécheuse, les rideaux qu’il aurait fallu écarter. En lisant Chambre minimum de Dumont, j’ai entrevu plusieurs fenêtres: les images d’un corps qui ne sait pas comment se greffer au quotidien, l’incapacité à trouver un refuge en dehors du foyer. La poésie de Dumont déplace l’angoisse comme un meuble avec lequel il faut apprendre à vivre: une vulnérabilité qui nous permettrait peut-être d’aménager un espace, un nid à notre image. Dans un «corps âgé de chaises», il est ardu d’affronter le monde debout.

À force de côtoyer la chambre, le «je» finit par se fondre avec les meubles. Les chaises le vieillissent et le soutiennent en même temps: une image adroite qui montre à quel point plusieurs lieux peuplent le sujet. Chaque anxiété, chaque partie du recueil est une pièce en soi: «Ma chambre est le seul mot», «Arrête la chambre» ou bien «Antenne paranoïaque 1» (première d’une série de quatre). Les mots répétés soulignent les obsessions, à l’image d’une routine épuisante.

La répétition est aussi une sorte de bouclier, parfois sous la forme d’une interrogation: «M’aimez-vous?» Une des réponses possibles passe par la défaite du corps: «Je veux dire, je peux plonger ma tête dans la serrure, je peux essayer avec mon coude, me briser la cheville, la porte reste fermée.» C’est le corps qui encaisse l’échec; l’impossibilité de rentrer chez soi correspond au doute d’être aimé. J’ai relu plusieurs fois ce passage, tellement l’incertitude est prenante dans cette longue strophe en bloc, tellement la voix pourrait venir de ma tête: les mots que j’aimerais dire dans les conversations, lors des événements. Chambre minimum déballe les pensées qui nous étouffent.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 337 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!