Naissance

Pour un accompagnement périnatal «par et pour»

Réflexion de deux doulas sur la place des familles marginalisées et racisées dans le mouvement d’humanisation des naissances.

Le gouvernement s’intéresse de plus en plus à notre métier en attribuant aux accompagnant·es des tâches appartenant à des professionnel·les de la santé et des services sociaux, pour tenter de colmater les brèches d’un système désuet. Des collaborations sont établies entre les centres hospitaliers et les organismes communautaires afin d’intégrer un accompagnement semblable à celui qu’offrent les accompagnant·es dans le milieu hospitalier. Ces projets représentent un danger pour les familles racisées, déjà opprimées de maintes façons par le système en place.

Même avec les meilleures intentions, l’accompagnant·e intégrant ainsi le milieu de la santé se verra pris·e dans un système qui limitera significativement sa capacité d’entretenir une relation égalitaire avec les familles. On peut craindre que l’intégration des accompagnant·es et l’obligation de se conformer à la culture du système de santé ainsi qu’aux protocoles et aux règlements des centres hospitaliers amplifient les discriminations et limitent, chez les personnes impliquées, l’espace pour la pensée critique et la transformation de leurs pratiques.

Prenons l’exemple d’une offre d’emploi pour une «intervenante périnatale en prévention de la négligence», publiée récemment par un organisme communautaire. Le projet consistait à accompagner les familles vivant «dans des conditions de grande précarité», selon les besoins exprimés et «pressentis par les équipes en place», pour reprendre les mots de l’offre, dans une optique de prévention de la négligence. L’offre d’emploi présentait un exercice de mise en situation fort problématique, avec le cas fictif d’une famille noire migrante, où était nommée l’appartenance culturelle de cette famille, et demandait aux candidat·es d’énumérer «les facteurs de précarité pouvant mener à de la négligence». On évaluait donc la capacité des candidat·es à faire des observations discriminatoires, racistes, classistes, qui pourraient être utilisées afin d’appuyer des présomptions de négligence. Les personnes noires étant fortement criminalisées dans notre société, surreprésentées dans le système carcéral et signalées et prises en charge de façon excessive par les directions de la protection de la jeunesse (DPJ), elles peuvent être grandement affectées par un affichage de cette sorte, et encore plus par un projet qui tend vers la criminalisation de la parentalité des personnes marginalisées. Ce projet était aussi inquiétant pour les familles autochtones, qui se voient disproportionnellement discriminées par le système de justice et la DPJ, et toutes les autres communautés racisées qui sont aussi victimes de profilage racial. Au même moment, un autre poste d’intervenante en périnatalité était affiché, pour soutenir les familles. Cette description de poste ne mentionnait pas comme exigence d’avoir une sensibilité aux communautés racisées, marginalisées, comme on l’avait fait pour le poste en prévention de la négligence. Personne dans l’organisme n’a remarqué quoi que ce soit de problématique. Cet organisme forme des accompagnant·es à la naissance, et perpétue donc sans la remettre en question la mentalité très coloniale qui dit «nous (les Blanc·hes), on va aider les autres».

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 337 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!