Naissance

Donner naissance dans l’hostilité

On pourrait croire ces pratiques reléguées aux pires moments de l’histoire. Or, les stérilisations sans consentement existent toujours. Pour en parler, nous avons rencontré Ariane K. Métellus, doula aguerrie.

Après des décennies de luttes, on observe beaucoup de changements dans la façon de vivre les naissances. Les mères sont mieux informées de leurs droits et l’éducation au consentement se trouve au cœur des formations en santé. Les violences obstétricales ont été massivement dénoncées. Sauf en cas de pandémie, plus personne n’interdira que vous soyez accompagnée à la naissance. De nouvelles maisons de naissance ouvrent leurs portes et le travail des sages-femmes est reconnu. Mais le combat contre le paternalisme médical semble se renouveler à chaque génération. Et certains problèmes anciens persistent même si on les croit passés. C’est le cas des stérilisations sans consentement, une pratique qu’on observe encore aujourd’hui au Québec, et qui touche particulièrement des femmes marginalisées, racisées ou autochtones. Valérie Lefebvre-Faucher a voulu en parler avec Ariane K. Métellus, accompagnante en périnatalité et mère de cinq enfants. Celle-ci milite dans le mouvement pour une humanisation des naissances depuis une dizaine d’années, et s’intéresse entre autres aux violences obstétricales et gynécologiques et au racisme dans le système de santé au Québec. Elle est coordinatrice régionale du recrutement de l’étude RESPECT (recherche sur les récits d’accouchement et de grossesse au Canada); elle siège au conseil d’administration d’Action cancer du sein du Québec et est membre du comité d’orientation de La CORPS féministe.

Liberté — Chaque fois qu’un nouveau scandale éclate, on s’étonne de l’existence de stérilisations forcées. C’est un sujet tellement difficile qu’on dirait qu’on a du mal à y croire. J’aimerais, si tu le veux bien, que tu nous en parles. Qui prend cette décision? Comment ça se passe?

Ariane K. Metellus — On se demande bien sûr pourquoi un·e médecin prend une telle décision. Et on n’a que des hypothèses, parce qu’aucun·e médecin n’avouera avoir fait ça. Quand on parle de stérilisation forcée ou non consentie, il faut dire que c’est très peu documenté, même si ça l’est un peu plus dans les communautés autochtones, notamment depuis la commission Viens.

L’histoire d’une femme que j’ai accompagnée a fait l’objet d’un reportage de l’émission Enquête l’an dernier (23 septembre 2021). Elle, son souhait, c’est de comprendre: «Pourquoi ce médecin, cette femme, m’a-t-elle fait ça?» Et il n’y a aucune réponse à cette question. Elle a porté plainte au Collège des médecins, donc la médecin a pu donner sa version des faits. Et tout ce que la patiente a obtenu, c’est que c’était un malentendu, que, selon la médecin, elle avait consenti à l’opération qu’elle a subie (même s’il n’y avait pas de formulaire de consentement signé au dossier). Il est très difficile d’avoir cette conversation parce que les différentes versions des histoires ne concordent pas. Les médecins prétendent qu’il y a consentement; alors ils le font. C’est tout.

Cela arrive-t-il parce que les patientes courent de réels dangers? Elles doivent être en situation de vulnérabilité. Peuvent-elles vraiment consentir?

Il est impossible de consentir, d’abord, à ce qu’on ne vous a pas expliqué. Informer les patientes demande du temps de la part des équipes médicales, mais aussi des aptitudes de communication et une formation particulière liée aux besoins spécifiques de la naissance, et là je ne parle même pas de traduction…

Dans les cas qui nous occupent, cet effort n’a pas été démontré. Et le réel danger ne l’est pas toujours non plus. Une des interventions qui se font est la ligature des trompes pendant une césarienne. (Ça, c’est un autre problème: il y a encore beaucoup trop de césariennes.) Dans le cas de la femme dont je parlais, on ne comprend même pas au départ pourquoi ça s’est terminé par une césarienne. Elle avait déjà accouché de six enfants, dont un, le deuxième, par césarienne. L’équipe a dit qu’elle n’avait pas accès à son dossier médical, que le travail n’avançait pas assez vite au goût du personnel soignant, mais il n’y a aucune justification médicale, pas de danger imminent pour le bébé ou la mère. L’enquête du médecin examinateur de l’hôpital exprime clairement un doute à propos du consentement, mais cela n’a pas été pris en considération dans le traitement de la plainte déposée au Collège des médecins. La version officielle nous dit que c’est un terrible malentendu, la médecin se dit «ébranlée par le vice de consentement que [la patiente allègue] »… On y parle plus de ses états d’âme, à elle, que de ceux de la femme qui a subi cette intervention. Et on n’a pas de réponse claire.

Ça se passe comme ça: pendant une césarienne, ou pendant une opération pour quelque chose qui n’a rien à voir avec une stérilisation, comme des fibromes, les patientes se réveillent parfois carrément avec une hystérectomie. Et des explications bidon. Jusqu’ici, je n’ai pas entendu de justification médicale satisfaisante. D’autant plus qu’une stérilisation, à moins d’une question de vie ou de mort, c’est une intervention qui demande une réflexion préalable complexe. Il n’y a jamais d’urgence à avoir une ligature des trompes!

Ce sont des interventions qui doivent avoir des conséquences sur la santé des personnes, en plus de leurs projets familiaux.

Bien sûr! Ce ne sont pas des opérations sans conséquences. Et pas que sur la santé. Ces personnes ne sont pas prises en charge sur les plans émotionnel, psychologique et même légal: elles sont laissées à elles-mêmes. On ne leur explique pas les options qui s’offrent à elles et on ne leur explique pas les conséquences non plus. Elles manquent d’accompagnement pour la convalescence. Elles ne sont pas traitées comme des sujets dignes de prendre des décisions éclairées pour elles-mêmes. Surtout, c’est irréversible. Et si, je dis bien si, réparation il y a, c’est au prix d’efforts acharnés. Les violences obstétricales et gynécologiques ont des conséquences à court, moyen et long terme, sur toute la vie de ces personnes. Pas seulement sur leur vie familiale, comme tu dis, mais sur leur corps, leur vie de couple, leur santé mentale. Et ça change de façon tragique leur perception du milieu hospitalier par la suite, la manière dont elles vont en parler à leurs enfants, à leurs proches. Ça a un effet boule de neige énorme. Et ça non plus, on n’en parle pas.

Et cela concerne de façon disproportionnée les personnes racisées. Dans quelle mesure les stérilisations non consenties sont-elles motivées par des préjugés racistes?

Il faut d’abord prendre en considération l’origine historique importante de ces pratiques. Par exemple, la Loi sur les Indiens donnait aux médecins le droit de stériliser les femmes autochtones. Même si ce n’est techniquement plus légal, ces violences racistes persistent, aujourd’hui encore, en 2022, dans le système. Il y a de plus en plus de rapports qui confirment ce que nous dénonçons depuis longtemps. Par exemple, un rapport réalisé au Centre universitaire de santé McGill cette année a fait entendre de nombreux témoignages de patient·es et d’employé·es qui se plaignaient de traitements discriminatoires; j’ai été frappée par celui d’une travailleuse qui, parlant de l’accouchement d’une femme autochtone sans abri, s’attristait de «ce qui n’a pas été fait pour cette femme».

Même si des gens dans le système de santé travaillent à améliorer les choses, on observe dans la société une ignorance, mais aussi un manque de volonté, voire de la mauvaise foi. À mon avis, considérer tout ça avec sérieux et affronter le racisme dans les violences obstétricales et gynécologiques, ça demanderait tellement de changements, de réformes, qu’on préfère balayer ça sous le tapis. Ça brasserait beaucoup trop de marde, et ce, jusqu’à l’échelon politique. Ce n’est pas un problème qui peut se régler au niveau communautaire, ou dans chaque hôpital. Il faut des changements dans toutes les sphères de la société, des politiques, des réformes, des formations, de l’éducation, etc. Ce serait en demander beaucoup à un gouvernement comme celui que nous avons au moment où je parle, qui n’est même pas capable de reconnaître le racisme systémique.

Par contre, quand il y a eu ce reportage choquant à l’émission Enquête, l’Assemblée nationale a voté une motion disant que ces pratiques étaient complètement barbares. Cette expression, «barbare», ça sort de la bouche du premier ministre. Les élu·es ont déclaré à l’unisson que ça n’avait aucun sens et que les médecins devaient arrêter ça. C’est bien beau, une motion, mais concrètement, que fait le gouvernement? Deux ans avant ce reportage, le Comité contre la torture des Nations unies avait émis des inquiétudes quant aux stérilisations forcées au Canada. Il y avait eu une enquête pancanadienne et le Québec avait refusé d’y participer… Quand le sujet crée un buzz médiatique, les politicien·nes se disent scandalisé·es. Ça les fait bien paraître. Mais ça ne veut pas dire que les choses changent.

Quand tu accompagnes une personne enceinte, disons une jeune maman noire, dois-tu souvent la défendre et défendre son consentement? Comment la prépares-tu?

J’ai toujours ces choses-là à l’esprit! Dans ma pratique d’accompagnante, je mets beaucoup l’accent sur les droits, sur ce qu’il faut faire pour s’assurer que nos droits ne soient pas bafoués. Quand je m’entends, je trouve ça parfois dommage de devoir insister là-dessus. Mais je les remarque, les inégalités! Tu sais, j’accompagne des gens de différents milieux culturels et sociaux et, malheureusement, la différence de traitement vis-à-vis des personnes noires est très, très claire. On voit les préjugés et les injustices: l’accouchement se passera différemment pour une cheffe de famille monoparentale, un couple blanc ou un couple mixte. En moyenne, les couples blancs ont de plus belles expériences. Les couples noirs, de couleur ou plus jeunes reçoivent un traitement plus infantilisant, discriminatoire. Mon service est toujours personnalisé, mais je me rends compte que je l’adapte, forcément, aux risques que courent les personnes devant moi. Par exemple, je vais parler de violence obstétricale avec les couples blancs, mais je ne consacrerai pas autant de temps à la défense des droits. Je n’en parle pas de la même façon.

Avec une jeune maman noire dont c’est le premier accouchement, je vais utiliser davantage les mots du droit, lui dire ce qu’elle a le droit de refuser. C’est courant dans notre pratique, pour prévenir les abus, de suggérer par exemple de poser des questions claires et d’exiger qu’on nous explique bien une intervention qu’on voudrait nous imposer, qu’on discute des autres choix possibles, des risques et des avantages de cette intervention. Mais tout le monde n’est pas capable de faire valoir ses droits dans un moment de si grande vulnérabilité, où on se retrouve un peu à la merci du savoir de l’autre. D’où l’importance d’être préparé·e, et si possible accompagné·e. Si on revient aux stérilisations, il est conseillé de bien lire les formulaires avant de les signer. Souvent dans les hôpitaux, on fait signer en amont des formulaires qui accordent un droit général de pratiquer des interventions. Mais ce n’est pas explicite. Il faut s’assurer que ce qu’on signe correspond aux interventions qui nous concernent.

Qu’est-ce que ça veut dire symboliquement, humainement, que la naissance soit vécue dans un climat d’hostilité et de méfiance comme celui-là?

L’expérience de grossesse et d’accouchement va avoir un impact sur l’enfant tout au long de sa vie. Il y a un stress normal, que tout le monde expérimente dans une naissance mais, dans certains cas, il y a un niveau de stress qui est beaucoup trop élevé pour un enfant in utero, et qui a des effets sur son développement cognitif. Il y a de plus en plus d’études qui documentent les effets réels de la violence et du stress (par exemple, lors de catastrophes naturelles) vécus pendant la grossesse et au moment de la naissance. On démontre également l’effet du racisme sur les personnes qui portent des enfants, et sur les enfants eux-mêmes. Cela affecte la santé, et pas seulement la santé psychologique.

Je parlais de ça avec une amie récemment. Tu sais, historiquement, on disait que les personnes noires étaient stupides. Mon amie se demandait si ce n’était pas une question de neuroatypie. Dans tous les cas, il est bien documenté que le racisme laisse des marques d’une génération à l’autre. Imagine: pendant quatre cents ans, depuis la période esclavagiste, toutes les familles ont subi un stress monumental, elles ont été en situation de survie constante, d’hypervigilance, à la journée longue, à l’année longue, sans jamais baisser la garde. Tu me diras qu’il n’y a plus d’esclavage, mais on en subit et en ressent encore des conséquences. Joy DeGruy parle de «syndrome post-traumatique de l’esclave» [dans l’excellent livre Post Traumatic Slave Syndrome]. Elle dit que les expériences significativement menaçantes pour la vie altèrent le code génétique et que cela se transmet aux générations suivantes. Elle ajoute que l’héritage du traumatisme se transmet aussi dans l’éducation, qu’il «se transmet également dans la famille élargie et la communauté». Ça donne une idée de l’étendue des effets.

Au moment de la mort de George Floyd, j’étais enceinte et j’ai vraiment eu peur d’avoir un garçon. Tu sais, j’en ai déjà deux. Mais je me disais «un autre gars, dans cette société-là?» Cette peur-là… je ne m’en sentais pas capable. On porte l’inquiétude, ce poids, comme parents noir·es. Et ces enfants, on les fait vieillir; on tue leur innocence vraiment plus tôt que nécessaire.

À l’inverse, crois-tu que la présence bienveillante, par exemple le travail que tu fais comme accompagnante, le fait de venir au monde dans un endroit où on est respecté·e, bien accueilli·e, peut aussi changer la vie des enfants?

Oui! Et on le voit. On est témoins de ça aussi. Même moi, chez mes propres enfants, je peux observer des différences dans leur caractère selon la façon dont j’ai vécu mes grossesses et mes accouchements. J’ai envie de dire que toutes les personnes qui donnent la vie et toutes les personnes qui viennent au monde ont le droit de le faire dans la douceur, dans la bienveillance. Je pense à des personnes que je connais qui ont donné naissance récemment. Elles étaient tellement bien; les expériences ont été belles et les rendaient fières. Je suis vraiment heureuse pour elles. J’aimerais entendre plus d’histoires comme ça dans les différentes communautés. Pour moi, tout être humain devrait avoir accès à ça, tout être humain devrait venir au monde dans un contexte de respect, de dignité et de joie. Et pour ça, il faut que les choses changent.

J’ai de la difficulté à concevoir que la santé maternelle, que la santé sexuelle et reproductive ne soit pas une priorité. Quand on sait à quel point les mauvaises expériences durant la grossesse, mais aussi celles vécues dans le système de santé en général et même celles vécues avant la grossesse peuvent avoir des conséquences néfastes sur la vie des enfants et des générations futures, des citoyen·nes de demain, des leaders de demain, je ne comprends pas, Valérie, comment ça se fait qu’on ne prend pas mieux soin des gens.

Que ferait-on si c’était une priorité?

Je pense que ce qui touche à la naissance serait beaucoup mieux encadré. Je ne parle évidemment pas du Collège des médecins. Il faudrait faire une refonte de nombreuses lois et réglementations qui protègent la vie, la santé sexuelle et reproductive, mais il faudrait revoir également les institutions, les pratiques et l’enseignement des professions de la santé. On s’assurerait que les choses soient faites dans la bienveillance, en mettant les personnes au centre des pré­occupations et des réflexions.

Pour ça, il faut de l’argent, de l’aide concrète pour des projets concrets. Je vois qu’il y a de plus en plus de recherches; j’en fais partie, aussi. Il y a comme un élan, un intérêt grandissant envers la communauté noire, mais aussi envers la périnatalité. Ce sont des sujets de recherche populaires. Tant mieux. Mais il y a des gens aujourd’hui qui attendent des enfants, ou qui subissent des opérations. Tu sais, la santé sexuelle, c’est vaste; ça va du cancer du sein aux fibromes en passant par l’endométriose ou la naissance. Ça fait beaucoup de personnes qui devraient être aidées en ce moment. On n’a pas le temps d’attendre que d’autres résultats de recherche sortent et que les bailleurs de fonds soient convaincus par les chiffres! On n’a pas le temps.

Venir au monde dans un environnement accueillant, bien accompagné·e (pour tout le monde, autant le bébé que la famille), pour moi, ça voudrait aussi dire pouvoir compter sur des organismes, des instances, des institutions qui sont outillés de façon culturelle (la sécurisation culturelle, comme on dit maintenant). Pour progresser dans cette voie, il faut des organismes «par et pour» (ou du moins «par»).

Est-ce que ça existe?

Ce sont des professions très blanches. Les organismes de soutien, leurs membres, leur conseil d’administration sont très blancs aussi, même quand ils veulent venir en aide à des communautés non blanches. Mais ça s’en vient…

Quels sont les espaces de lutte en ce moment, pour ces familles, ces accompagnantes racisées ou marginalisées?

Il y a en ce moment une demande d’action collective qui a été déposée par des femmes atikamekw de Manawan pour les femmes autochtones. Suzy Basile dirige aussi une enquête sur ce sujet qui devrait être marquante.

Mis à part ces quelques exceptions, des espaces de lutte, il n’y en a pas vraiment. Il y a plusieurs raisons pour expliquer cela. D’abord, quand tu viens de donner naissance, tu n’as pas cette énergie. Ensuite, beaucoup de personnes attendent un statut ou des papiers et craignent de nuire à leur demande d’immigration, par exemple, ou de nuire à leurs enfants. De nombreuses personnes ont peur des représailles en général. Surtout, quand tu as vécu quelque chose d’aussi difficile, tu as besoin de protéger ta santé mentale; tu veux te concentrer sur le positif, tu veux oublier. Ça demande énormément d’énergie de se lever et de revendiquer. Si tu es déjà en recherche de logement, s’il faut que tu nourrisses une famille, etc., tu n’as pas cette énergie «de plus».

Et j’en reviens toujours à ceci: pourquoi est-ce que ce n’est pas une priorité dans la société? Ça ne devrait pas être aux personnes qui donnent la vie, ou aux personnes qui vont chercher de l’aide en santé sexuelle et reproductive, de se battre. Elles en ont déjà trop sur les épaules. Je trouve que nous sommes hypocrites. Tout le monde est né, tout le monde a été mis au monde par quelqu’un. Pouvons-nous arrêter d’ignorer celles qui donnent naissance et nous donner des moyens collectifs pour les aider?

Autre chose: même si certains organismes commencent à s’ouvrir, le financement va toujours aux mêmes. Dans les communautés noires, on veut s’organiser. Ça se voit: il se brasse de plus en plus de choses (surtout en entrepreneuriat), mais les organismes de défense, ceux qui sont vraiment axés sur la population, continuent d’en arracher. Pourquoi? Pas de financement. On finance tel organisme, mais on ne finance pas tel autre organisme… Comment fait-on alors pour s’organiser? Le bénévolat, ça fait! Moi, j’en ai fait, on en fait beaucoup, du bénévolat. J’ai plein de projets, mais je me suis dit que je ne les lancerais pas si je n’ai pas l’argent pour bien les mener. J’ai vu autour de moi des militant·es, des organismes qui ont démarré des projets sans un sou; j’ai vu tout ce qu’iels ont dû traverser, tout le travail qu’iels ont abattu pour rester quand même dans une grande pauvreté. C’est bien beau la reconnaissance symbolique et la visibilité, mais ça ne nourrit pas nos familles. Ce n’est pas l’engagement qui brûle les gens, c’est la précarité. Moi, je dis non. Il faut que les ressources et les actions suivent l’indignation.

Y crois-tu?

Je suis pessimiste. Oui, il y a des médecins qui prennent la chose à cœur; j’en connais qui offrent des formations à leurs pairs sur ce sujet précis. Mais les gens qui ne sont pas convaincus, je ne sais même plus quoi leur dire… On voit bien qu’il y a des gens qui ne nous écoutent pas, qui ne prennent pas les témoignages des femmes au sérieux. Ils font beaucoup de mal et ils ne le comprennent même pas. Ils ont prêté serment. Ces gens-là ne changeront pas d’attitude tant qu’il n’y aura pas de conséquences, légales ou autres, à leurs actions. Il faut une imputabilité. 


  • Un consentement est «libre» lorsqu’il est donné de plein gré, c’est-à-dire sans que la personne y soit forcée.
  • Le consentement est «éclairé» lorsqu’il est donné en pleine connaissance de cause et précédé par de l’information. Une personne sous l’effet de sédatifs ne peut donc pas fournir un consentement éclairé. Le droit de consentir à des soins comporte nécessairement le droit de les refuser.
  • Hystérectomie: opération qui consiste à enlever complètement ou partiellement l’utérus; elle peut également comprendre l’ablation du col, des ovaires et des trompes de Fallope.
  • Ligature des trompes: procédure de stérilisation permanente et irréversible qui consiste à couper ou à bloquer les trompes de Fallope.
  • L’Organisation mondiale de la santé constate que les césariennes ne sont véritablement nécessaires que dans 10 à 15% des cas; au-delà de ce pourcentage, il n’y a plus de bénéfice à la césarienne. Au Québec, environ un enfant sur quatre naît par césarienne, donc 25%.
  • Sur le site stopvog.org, on peut lire un important recueil québécois de témoignages sur les différentes formes de violences obstétricales et gynécologiques.

Valérie Lefebvre-Faucher est membre du comité de rédaction de la revue Liberté.

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