Critique – Scènes

Destins croisés

Au printemps 2022, l’artiste pluridisciplinaire Émilie Monnet présentait Marguerite: le feu au théâtre Espace GO. En collaboration avec Angélique Willkie à la mise en scène et Marilou Craft à la dramaturgie, la pièce raconte l’histoire (vraie) de Marguerite Duplessis. Mise en esclavage et menacée d’être vendue en Martinique, cette femme autochtone se présente en cour pour recouvrer sa liberté. L’affaire s’ouvre en 1740: c’est la première fois, dans la colonie d’occupation qu’est la Nouvelle-France, qu’une personne autochtone intente une poursuite judiciaire et qu’une personne mise en esclavage réclame sa liberté devant les tribunaux. Le contexte politique de l’époque laissait peu de chances à Marguerite: elle ne parviendra pas à gagner son procès et sera embarquée vers la Martinique, où on perd toute trace d’elle.

Marguerite: le feu est une œuvre multidisciplinaire, au carrefour du théâtre, de la danse et de la création sonore et vidéo, nourrie par des documents d’archives. Il faut également noter la structure chorale de la pièce qui est portée tour à tour, et parfois simultanément, par trois Marguerite: Aïcha Bastien N’Diaye, Émilie Monnet et Madeleine Sarr.

Marguerite: le feu est une œuvre foisonnante qui, tout en restant cohérente, invite à suivre plusieurs chemins peu empruntés. La pièce suscite de nombreuses réflexions qui mériteraient leur propre création. Par exemple, au milieu de la pièce, Marguerite / Madeleine Sarr déclame une liste des propriétaires esclavagistes en Nouvelle-France: les Legault, Couillard, Lévesque, Bourassa, Péladeau, etc. Cette scène percutante rappelle le caractère répandu de la pratique déshumanisante de l’esclavage à l’époque, mais renvoie aussi au présent, à une certaine continuité historique de ces logiques raciales dans les violences sociales et économiques modernes. L’habillement contemporain des Marguerite amplifie ce sentiment de continuité tout au long de la pièce. Ce qui était hier est toujours aujourd’hui: les contextes ont changé, mais pas les rapports de domination ni les acteur·trices impliqué·es.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 336 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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