Critique – Littérature

Morale: panique morale

La liberté universitaire est sur toutes les lèvres. Depuis juin 2022, elle fait même l’objet d’une loi québécoise souhaitant soumettre les universités à des contrôles de liberté. Pourtant inséparable de l’autonomie de l’institution qui doit se gouverner elle-même, la liberté universitaire promue par le gouvernement est contradictoire. Quelle est alors sa raison d’être? S’agit-il de répondre à une panique morale ou de combattre le véritable fléau woke qui s’abat sur les universités? Deux collectifs et un ouvrage de Francis Dupuis-Déri se positionnent différemment quant à cet état d’insurrection appréhendée.

Libertés malmenées compile des témoignages d’un groupe de professeur·es impliqué·es dans l’affaire Lieutenant-Duval. L’ouvrage reprend la thèse du wokisme rampant et s’appuie notamment sur les essais de Normand Baillargeon et de James A. Lindsay, dont l’introduction recommande vivement la lecture.

Rappelons que l’affaire Lieutenant-Duval est un scandale ontarien fabriqué au Québec. Le 23 septembre 2020, une chargée de cours francophone de l’Université d’Ottawa a prononcé le mot n***er dans son cours Art and Gender offert en ligne. La mention du terme visait à fournir un exemple de resignification subversive. Chez plusieurs Noir·es, en effet, ce procédé consiste à retourner l’insulte raciste pour la transformer en affirmation et en désignation de soi, phénomène courant dans la culture hip-hop, très présent dans une série télévisée comme The Wire, et théorisé en outre par Judith Butler. Toutefois, il existe un interdit bien répandu (quoique non consensuel) au sein de l’academia anglophone quant à la prononciation du terme lorsque l’on n’est pas noir. Cette proscription ne dit pas que l’histoire du mot ne doit pas être enseignée ou que les œuvres de James Baldwin doivent être censurées. Bien au contraire, selon l’historienne afro-américaine Elizabeth Stordeur Pryor, il faut enseigner sans tabou les mécanismes par lesquels ce mot devient invariablement une arme politique.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 336 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!