Microdoses de réalité

Regard(s) sur la drogue

La stigmatisation est un des principaux obstacles à la réduction des méfaits des drogues. Et si on développait une vision plus humaine des personnes qui en utilisent?

Dans cet article, j’aimerais d’abord faire un rapide tour d’horizon sur l’utilisation des substances psychoactives, la perception sociale de celles-ci et son évolution. Dans un deuxième temps, je poserai la question de la dépendance et de sa prise en charge ici, au Québec. Enfin, je voudrais amorcer une réflexion sur les bénéfices d’une décriminalisation de la possession de substances.

Avant de commencer, je trouve important de partager certaines informations d’ordre personnel qui ont pu moduler ma posture, ma réflexion et ma perception au sujet des drogues ou des substances psychoactives. D’un côté, je suis un homme cisgenre dans la quarantaine et de classe moyenne, ce qui me confère certains privilèges qui peuvent influencer mon regard sur le sujet. De l’autre, étant un homme gai d’origine péruvienne dans une société majoritairement blanche et hétérosexuelle, j’ai été confronté à différentes formes d’oppression. Notez que je suis également un citoyen engagé envers les droits des personnes utilisatrices de substances ainsi que ceux des personnes LGBTQI2+.

Le regard sur les drogues à travers le temps

Le terme «substances psychoactives» évoque chez la plupart d’entre nous l’image de drogues que l’on peut se procurer sur des marchés non réglementés, alors qu’elles sont très présentes dans nos vies. Pensons d’abord à l’alcool, mais aussi à certains médicaments contre la douleur ou aux anxiolytiques, pour ne nommer que ceux-là. Presque tout le monde aurait une certaine expérience de l’utilisation de substances psychoactives. Alors pourquoi y a-t-il autant de stigmatisation concernant leur consommation?

La réponse à cette question n’est pas simple, car la perception sociale des substances et de leur usage varie en fonction des contextes sociaux et culturels, et des époques. Depuis des millénaires, l’humanité a recours à des substances psychoactives, que ce soit dans un but magico-religieux, social ou même de performance. Les chasquis, des messagers qui parcouraient de longues distances pour livrer des messages dans l’ensemble du territoire de l’Empire inca, mâchaient des feuilles de coca afin d’avoir plus d’énergie. Or, les feuilles de coca sont aujourd’hui associées à la production de cocaïne, et des populations autochtones des Andes sont souvent obligées de remplacer la culture de la coca par d’autres produits.

Jorge Flores-Aranda est professeur à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada TRADIS (trajectoires, diversité, substances).

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 336 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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