Microdoses de réalité

Un produit autochtone et ses paradoxes

La culture de la coca, plante médicinale traditionnelle des Andes, est devenue le symbole des luttes autochtones et rurales en Bolivie. Histoire d’une résistance au néocolonialisme, de l’ONU à Coca-Cola.
Par Silvia Rivera Cusicanqui (Traduit de l’espagnol (bolivie) par Aurélie Lanctôt)

Nous traduisons un texte de 2011 exposant le rôle central de la coca dans l’histoire, la politique et l’identité de la Bolivie, du point de vue autochtone en particulier. Bien que ce texte place un espoir certain dans le gouvernement d’Evo Morales, l’autrice a ensuite pris la parole à de nombreuses reprises pour critiquer l’autoritarisme de son parti (le Mouvement vers le socialisme, ou MAS), qui ne défend plus les organisations populaires et autochtones qui l’ont porté au pouvoir en 2006. Silvia Rivera Cusicanqui milite aujourd’hui pour la décentralisation du pouvoir, et décrit un éveil politique féministe, autochtone et autonome qui ne permet pas de retour en arrière. En 2019, elle écrivait: «Il y a un besoin urgent de rediriger les mobilisations populaires, en se débarrassant des fortes tendances misogynes et autoritaristes encouragées par le gouvernement du MAS. Nous payons aujourd’hui le prix pour le déni de la démocratie horizontale des organisations, ainsi que pour leur dégradation – un prix qui s’appelle paralysie et stupeur. […] Au milieu de cela, dans la lutte contre cela, les femmes sont en première ligne en matière de pensée et d’action. […] nous, les femmes, sommes partout, articulant des formes plus locales de démocratie et luttant pour que l’indignation, l’idée du conseil, l’idée du Parlement des femmes puissent éclater en des milliers de parlements, des milliers de conseils, pour que nous puissions discuter du type de pays que nous voulons, de ce qu’est la démocratie et de ce que signifie être autochtone» (Brecha, novembre 2019).

En octobre 2003, une tumultueuse révolte autochtone et populaire menait à la chute du gouvernement du président Gonzalo Sánchez de Lozada et au massacre de soixante-sept personnes à El Alto et dans les provinces entourant La Paz. Ces révoltes de la «guerre du gaz» apparaissent comme le point culminant des révoltes populaires déclenchées dans la foulée de la «guerre de l’eau» à Cochabamba ainsi que chez les Autochtones et cultivateurs de coca de l’Altiplano, des Yungas et du Chapare. Ce vaste mouvement autochtone et populaire, au fil de nombreuses années d’activité militante intense, a mené à l’élection d’Evo Morales, un cultivateur de coca d’origine aymara, devenu le premier président autochtone des Amériques.

Vie et histoire de la feuille de coca

Silvia Rivera Cusicanqui est une sociologue, historienne et militante bolivienne. Comme professeure, elle s’est spécialisée dans l’histoire orale, les théories féministes et anarchistes et les cosmologies andines.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 336 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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