Microdoses de réalité

Précis d’ayahuasca

Les hippies amateurs d’hallucinations étaient sans doute pleins de bonnes intentions… Nous avons rencontré Pedro Favaron, universitaire, qui appartient aussi à une famille de guérisseurs autochtones d’Amazonie.

C’est une figure qui a désormais été élevée au rang de cliché: un touriste nord-américain ou européen de bonne volonté, en quête de sens et d’émotions fortes, se rend en Amazonie pour participer à une cérémonie de consommation d’ayahuasca, cette concoction ancestrale aux propriétés hallucinogènes dont les étrangers raffolent. Or derrière l’engouement touristique, profondément enraciné dans la culture du «bien-être», se cache une histoire de spoliation coloniale. C’est au prix de nombreux détournements que les pratiques de guérison traditionnelles des peuples autochtones de l’Amazonie ont été popularisées en Occident – dépossédant ces peuples de leur spiritualité et de leur culture ancestrale. Traiter l’ayahuasca comme une «drogue» destinée à la consommation du pèlerin en quête d’éveil spirituel en est la parfaite illustration.

Pedro Favaron est écrivain et professeur à la Pontificia Universidad Católica del Perú. Titulaire d’un doctorat en études littéraires de l’Université de Montréal, il consacre une partie de ses recherches aux pratiques, aux savoirs et aux conceptions du monde des peuples amazoniens. Il propose aussi une critique sévère de l’appropriation coloniale des pratiques traditionnelles de ces peuples, y compris à travers l’usage des «plantes visionnaires», dont l’ayahuasca.

Liberté — J’aimerais d’abord que l’on précise les termes. La conception occidentale réduit l’ayahuasca à une plante aux propriétés hallucinogènes, utilisée pour procurer une expérience psychédélique, et consommée dans le cadre d’une cérémonie. C’est une conception assez pauvre, stéréotypée; un raccourci pour nommer quelque chose de plus complexe. Pourriez-vous m’en parler davantage?

Aurélie Lanctôt est membre du comité de rédaction de la revue Liberté.

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