Rétroviseur

La voix de Michèle Lalonde

J’ai appelé Michèle Lalonde en mai 2020. Je ne croyais pas tellement à mes chances de la joindre. J’ai composé, ç’a sonné, elle a répondu. Elle m’a demandé ce que je lui voulais, où j’avais pris son numéro. Dans le bottin. Je voulais sonder son intérêt à republier son œuvre, je la réputais fermée à cette perspective depuis longtemps. Elle m’a rappelé que Speak White tient sur une seule page, et qu’elle avait passé les dernières décennies à se battre contre la circulation de ses textes. Restaient encore les bibliothèques et le marché de seconde main. Qu’est-ce qui m’intéressait dans ce qu’elle avait écrit? quels livres je voulais refaire? J’espérais tout redonner à lire. La méfiance, tranquillement, s’est ôtée du chemin. On a parlé de tout et de rien, d’Hubert Aquin, du milieu de l’édition. L’appel s’est soldé par une sorte d’entente: elle lirait ma proposition. Et le temps nous a filé entre les doigts.

Je porte un regret depuis sa mort, celui de n’avoir pas su, après notre appel, l’amener à renouer avec l’édition. Je ne le saurai jamais avec certitude, cette réconciliation demeurait peut-être aussi impossible qu’inconcevable pour Lalonde. Après tout, son intention littéraire dépassait largement l’acte de publier des livres. C’est ce que je comprends à m’y replonger.

Le silence et le son

J’ai donc entendu sa dernière voix. Et j’y pense aujourd’hui comme je repense à cette obsession qui traverse son œuvre: la voix, à la fois comme médium et comme enjeu. La voix, cette idée incertaine, peu fiable. Elle ne dure pas sans fluctuer, défaille. Elle n’existe pas seule. Lalonde avait choisi de lui faire confiance, jusqu’à la fin. Car si ses textes ont bien été imprimés, la plupart se destinaient d’abord à la performance publique.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 335 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!