Critique – Scènes

Repositionner la mort du côté de la solidarité

Le territoire des promesses transhumanistes est vaste: combattre la vieillesse, programmer les conditions de la naissance, augmenter les facultés cognitives, etc. Quoiqu’il soit difficile de circonscrire les visées d’un tel mouvement, tant cette communauté est diversifiée, il est possible d’affirmer que les transhumanistes prônent l’altération (ou l’augmentation, c’est selon) des conditions humaines (intellectuelles, physiques ou émotionnelles) grâce aux dispositifs techno-scientifiques et biomédicaux. Si la nébuleuse transhumaniste fut d’abord envisagée comme un courant philosophique, elle est aujourd’hui une industrie irriguée par les fonds de compagnies privées telles qu’Alphabet, Oracle, PayPal ou Amazon. Des tendances libertariennes, démocratiques ou humanistes coexistent au sein du mouvement, mais elles font toutes le constat que la vie humaine est imparfaite, qu’elle comporte des problèmes biologiques auxquels il faut remédier. Comme le propose Nicolas Le Dévédec dans son récent ouvrage Le mythe de l’humain augmenté, en biologisant des enjeux d’ordre social, les transhumanistes misent sur l’adaptabilité de l’individu à son environnement (néolibéral, productif, technophile et individualiste) au nom de l’imperfectibilité humaine.

Présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui du 16 novembre au 4 décembre 2021, le spectacle i/O aborde ces questions avec le sérieux qu’elles requièrent, la bienveillance qu’elles exigent et l’humour qu’elles suscitent parfois. La compagnie Post Humains avait déjà esquissé les débuts d’une réflexion de fond sur les idées transhumanistes, particulièrement sur les distinctions entre médecine améliorative et curative ainsi que sur les pratiques de biohacking, avec la création du spectacle Post Humains en 2018. La deuxième proposition scénique reprend le fil de cette recherche en posant cette fois-ci son regard sur la technologisation de la mort.

En articulant sur scène une courtepointe d’interrogations, Dominique Leclerc (cofondatrice de la compagnie, autrice et interprète) et ses collaborateur·ices examinent une donnée que l’on a longtemps crue immuable. Iels demandent: est-ce que notre génération sera la dernière à connaître un processus de vieillissement ou une mort naturelle? Pour répondre à cette question, les artistes érigent une cartographie ambitieuse et délicate du sujet. En entrelaçant les registres de la fiction, du documentaire et de l’autofiction, le spectacle met en jeu une myriade de postures à partir desquelles penser le statut et la fonction du vieillissement, de la mort et du deuil dans nos vies.

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