Critique – Littérature

Une culture de réciprocité

Et si l’on écoutait le règne végétal? C’est ce que propose la botaniste potawatomie Robin Wall Kimmerer dans Tresser les herbes sacrées: sagesse ancestrale, science et enseignements des plantes. Cet essai invite à renouer avec la nature non seulement comme une entité à protéger, mais comme une source inépuisable de bontés et d’apprentissages. Professeure émérite à l’Université d’État de New York et directrice du Center for Native Peoples and the Environment, l’autrice transmet les leçons de solidarité et d’adaptabilité à retenir des plantes en combinant des approches scientifiques et autochtones de la connaissance. Il en résulte une déhiérarchisation des rapports entre les êtres humains et non humains ainsi qu’entre les différentes manières d’accéder au savoir afin de célébrer «cette danse de la pollinisation croisée qui réussit à produire […] une nouvelle façon d’être au monde».

Cette éthique appliquée s’appuie sur un sentiment d’humilité et de gratitude à l’égard du vivant qui nous nourrit, nous abreuve et nous protège. Potentiellement révolutionnaire dans nos sociétés de consommation insatiables fondées sur le manque plutôt que l’abondance, la reconnaissance appelle en outre la réciprocité. L’idée d’interdépendance entre les espèces traverse l’ouvrage comme un leitmotiv réité­rant que «toute prospérité est mutuelle». Le territoire et les êtres qui l’habitent n’existent pas à titre de commodités à exploiter à des fins individuelles, mais forment un lien sacré où l’épanouissement de l’un devient la responsabilité de tous.

Kimmerer insiste sur le rôle des humain·es dans ce cycle de générosité coévolutive; malgré le nombre écrasant de contre-exemples, il reste possible – essentiel même – de cultiver des interactions bénéfiques avec l’environnement. La solution ne consiste pas à couper les ponts, mais à intervenir davantage pour soigner le monde qui nous entoure et contribuer à son bien-être. Concrètement, les pistes suggérées vont de l’achat responsable et du boycottage de certains produits à l’action politique et à l’engagement citoyen au nom des autres espèces, en passant par le simple entretien d’un jardin. Surtout, il faut se répéter que l’effort fait partie intégrante du processus et que «tout ne doit pas être facile». Tresser les herbes sacrées s’articule autour des principes de la Récolte honorable partagés par la plupart des cultures autochtones sur le plan tant physique que métaphysique: ne prendre que la moitié de ce qui nous est offert et redonner selon nos propres habiletés.

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