Le peuple des camions

Avec humour (noir) et acuité, Dalie Giroux nous fait passer d’une rive à l’autre, peu importe les intempéries et les débâcles du monde.

Plus que jamais, les instincts de la masse sont frappés de démence et sont devenus étrangers à la vie.

— Walter Benjamin, cité dans le film 13, un ludodrame sur Walter Benjamin, de Carlos Ferrand (2017)

L’ébranlement du «Convoi pour la liberté» à la fin janvier 2022, le «siège» de la capitale du Canada qui s’en est suivi et la multiplication des manifestations contre les mesures sanitaires a mari usque ad mare au cours du mois de février ont suscité quelques dix-huit roues de commentaires, tantôt moralistes ou méprisants, tantôt enthousiastes ou opportunistes.

Au crépuscule de cette étrange manifestation politique jugulée par un recours plutôt pathétique à la Loi sur les mesures d’urgence, une inflexion s’est fait sentir en faveur d’un assouplissement des règles sanitaires, et les inconvénients liés à la pandémie de covid-19 sont apparus soudainement bien futiles au regard de la brutale invasion de l’Ukraine par la Russie.

La cause anti-masque / anti-vaxx est désormais sans objet, et l’éclipse médiatique du mouvement, dans l’ombre menaçante d’une troisième guerre mondiale, est presque totale. Il demeure qu’à l’heure où j’écris ces lignes, les plus endurcis des camionneurs pour la liberté, récalcitrants comme les idées qu’ils défendent, sont toujours embusqués dans les environs d’Ottawa, où ils reçoivent régulièrement des ravitaillements en biscuits et en diésel de la part de militant·es regroupé·es sous la bannière du «Fuck Trudeau».

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 335 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!