Éditorial

Cinq printemps à Liberté

Il est toujours difficile de savoir par où commencer pour dire au revoir. Commençons par annoncer l’intention: cet éditorial est mon dernier à titre de rédactrice en chef de Liberté.

En 2018, à la veille de son soixantième anniversaire (1959), Liberté a eu pour la première fois deux femmes à sa tête. Ce modèle de direction était inédit à la revue, et ce tandem a été imaginé par le comité responsable de notre embauche, notamment par Audrey Murray, présidente du conseil d’administration, qui a cru dès le départ à cette codirection, malgré les risques que cela comportait. Une intuition payante, car la revue a beaucoup bénéficié, je crois, de ce modèle à deux têtes, du relais constant entre Rosalie Lavoie et moi, de l’horizontalité que cela a instaurée dans les rapports de travail.

À mon arrivée, je ne connaissais rien de la mécanique interne de la revue, n’ayant été auparavant qu’une lectrice enthousiaste, alors que Rosalie y travaillait depuis 2012 et tenait le fort depuis plusieurs mois. D’ailleurs, elle restera encore pour quelque temps comme éditrice, tout en se consacrant à ses études. Je l’ai déjà dit et je le dirai encore souvent: c’est seulement grâce à sa main experte, à sa ténacité et à son courage qu’il a été possible de remettre la revue sur les rails et de réussir le virage que nous imaginions. Sans elle, sans son expérience, ses idées et sa générosité, c’est très simple: Liberté ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Elle n’aurait jamais regagné autant de vigueur.

Évidemment, Rosalie et moi n’avons jamais été seules, et nous avons pu compter sur une équipe aussi généreuse que passionnée. D’abord, les trois piliers du comité éditorial: Jessie Mill, Marie Parent et Julien Lefort-Favreau, qui ont veillé à ce que le lien avec les collaborateur·ices ne soit jamais rompu, tout en accueillant nos idées et notre vision, à Rosalie et à moi. Puis, Julia Posca, Philippe Néméh-Nombré et Lorrie Jean-Louis se sont joints à l’équipe éditoriale, nous faisant le cadeau de leur regard, de leur plume et de leur créativité. Il y a ensuite eu une série de relais heureux: Michel Nareau a pris la relève de Marie Parent à la direction du cahier littérature, Alexandre Fontaine Rousseau a repris les rênes du cahier cinéma et Yohayna Hernández, ceux du cahier scènes, en remplacement de Jessie Mill. Il ne faut pas oublier la présence bienveillante de Pierre Lefebvre, qui a ponctuellement accepté de mettre la main à la pâte, de se replonger dans la joyeuse galère de Liberté.

Tout au long des dernières années, j’ai été profondément touchée par l’enthousiasme et la solidarité constante des membres du comité éditorial. Ils ont écrit, ils ont partagé leurs idées, ils ont sans relâche mobilisé leurs réseaux pour enrichir les pages de la revue, ils ont veillé sur les collaborateur·ices, sur Rosalie et moi lorsque nous étions débordées, inquiètes ou incertaines de ce que nous faisions. J’ai souvent dit à la blague que le comité éditorial est l’«entité souveraine» de Liberté. En fait, ce n’est pas une blague: c’est autour de cette table que se fabrique l’âme de la revue et que notre travail prend tout son sens.

Liberté n’existerait pas non plus sans le travail en arrière-scène de celles et ceux qui en assurent la production, au sens le plus concret du terme. Nous devons beaucoup à l’engagement indéfectible, à la rigueur et à la sensibilité de Shelbie Deblois, qui a assuré la coordination pendant plus de trois ans (un poste clé, nouvellement occupé par Évelyne Ménard avec tout autant d’aplomb). Nous devons aussi beaucoup à l’œil acéré et à la précision des commentaires de Fleur Neesham et de Marie Saur, qui révisent et corrigent chacun des numéros. Nous avons également la chance de pouvoir compter sur l’appui de Véronique Lévesque-Pelletier à la coordination des illustrations. Et bien sûr, nous serons éternellement redevables à David Turgeon, directeur artistique et webmestre de la revue, qui depuis le premier jour de cette codirection a offert sans compter son temps et son talent – sans lui, Liberté serait lancée dans le monde avec beaucoup moins d’élégance. Finalement, nous avons pu compter sur un conseil d’administration mobilisé et rigoureux, qui nous a accompagnées à travers les succès comme les râteaux. À toute cette extraordinaire équipe, merci de nous avoir inspirées et soutenues. Sans vous, la revue n’existerait tout simplement pas. Je ne saurai jamais vous remercier assez.

C’est une évidence: les périodiques culturels sont des organisations fragiles. On pourrait même dire que c’est un miracle que des revues comme Liberté – une publication exigeante, combative, se débrouillant avec peu de ressources – continuent de paraître et d’attiser le désir de lire comme celui d’écrire. Pour que ça fonctionne, il faut plus que du travail acharné. Il faut quelque chose comme de la magie. J’ai l’impression d’en avoir vu beaucoup, de cette magie, au long des quatre dernières années. Des liens qui se tissent et se retissent, des rapports de travail empreints de solidarité, des plumes qui se déploient, des voix qui trouvent un écho inattendu, une communauté de lectrices et de lecteurs qui s’élargit, un cercle de collaborateur·ices qui s’agrandit…

Nous avons aussi fait un pari, depuis 2018, celui d’affirmer que Liberté est solidaire de toutes celles et de tous ceux qui luttent pour la justice sociale, solidaire des gens qui vivent dans les marges, qui ont peur de ce que la crise climatique fait au monde, qui s’inquiètent des ravages du capitalisme dans les communautés et dans la vie des personnes. Nous savons bien que notre acharnement à mettre ces idées de l’avant a parfois déplu. Or je défendrai ce choix jusqu’au bout, et je pars avec la certitude que Liberté continuera de mener ce combat.

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