Critique – Cinéma

Jouer à l’adulte

Jeune et jolie, ou la prostitution comme rite de passage.

En 1980, j’avais douze ans, et le film à voir, c’était la comédie romantique La boum, de Claude Pinoteau. En vedette, Sophie Marceau, treize ans, dans le rôle de Vic, qui arrive à Paris, doit s’adapter à l’adolescence et à son nouveau lycée, alors que ses parents traversent une crise. Le film est un succès fulgurant. Et moi, tapie au fond de ma banlieue outaouaise, je le visionne aussi.

C’est La boum qu’évoque le dernier film de François Ozon, Jeune et jolie. L’an dernier, lors du Festival de Cannes, les propos du réalisateur en ont fait hurler plus d’une, y compris moi: «C’est un fantasme de beaucoup de femmes, s’était-il permis d’avancer, de se livrer à la prostitution…» Autant les propos du cinéaste étaient choquants, autant son film a quelque chose de banal. La banalité d’un teen movie, mais d’un teen movie pour adultes consentants.

Le rapport à La boum a été pointé par Ozon lui-même. C’est un film qu’il affirme avoir eu en tête pendant l’écriture de Jeune et jolie (avec, aussi, À nos amours de Maurice Pialat), allant jusqu’à tourner certaines scènes au lycée Henri-IV, dans le très bourgeois 5e arrondissement de Paris, comme l’avait fait Pinoteau. Il y a d’ailleurs quelque chose de la démarche de Vic dans celle d’Isabelle (Marine Vacth), une qualité du mouvement et du regard, un mystère semblable qui se dégage de leurs visages. À l’ouverture du film, sur la plage, Marine Vacth a quelque chose de Robin Wright dans un autre film de transgression amoureuse: Adore. Plus loin, ses yeux baissés devant son premier client ont quelque chose de la jeune Charlotte Rampling du Portier de nuit…

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