Critique – Poésie

Valère Novarina, écrivain marteau

Un retour à la force surnaturelle du langage et à son animalité.

La vie, voyez-vous Madame, c’est de la terre avec un homme dedans en matière parlante, et sans personne à l’intérieur.

— Valère Novarina, L’acte inconnu

Il faut le reconnaître d’emblée: l’œuvre que construit Valère Novarina depuis une quarantaine d’années est l’une des plus étranges qu’il est aujourd’hui possible de lire. Son travail, qui déjoue sans relâche les catégories génériques traditionnelles, est une sorte de théâtre volontairement énigmatique destiné à la scène et au livre. L’auteur, avec un clin d’œil pour Artaud, aime bien parler d’un «théâtre de la cruauté comique» quand il évoque ses textes pour la scène – de L’atelier volant (1974) et du Babil des classes dangereuses (1978) à L’acte inconnu (2007) et au Vrai sang (2010) – et ses grands «romans théâtraux» – Le drame de la vie (1984), Le discours aux animaux (1987) et La chair de l’homme (1995).

À l’opposé de tout exercice intelligent, la littérature est ici pratiquée comme une «cure d’idiotie» qui s’en remet abondamment à l’insignifiance et au non-sens. Contre l’image de l’écrivain qui cherche à éclairer son lecteur, Novarina semble plutôt se voir comme celui qui lui bande les yeux avant de le faire sauter dans le vide. Obsédé par le langage et l’espace, ce théâtre est porté par une étonnante physique de la parole que l’auteur a explicitée dans une série d’essais poétiques aussi denses que brillants, et qui constituent le versant plus réflexif de sa bibliographie – de Pendant la matière (1991) à L’envers de l’esprit (2009) en passant par Devant la parole (1999) et Lumières du corps (2006). Retour sur une œuvre qui emprunte les formes du cirque et de la prière pour causer tout un «drame dans la langue française».

Si les débuts dans les années soixante-dix ont été diffi­ciles, la consécration est évidente depuis les années deux mille. C’est l’ampleur de ce renversement que permet de mesurer la parution récente de deux livres magnifiques: le premier, intitulé Personne n’est à l’intérieur de rien et publié chez L’atelier contemporain, nous donne à lire sa correspondance avec le peintre Jean Dubuffet entre 1978 et 1985, tandis que le second, chez Argol, reprend sous le titre L’organe du langage, c’est la main cinq jours d’un dialogue mené avec brio par Marion Chénetier-Alev.

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