Critique – Cinéma

Une surface trouble

La vie domestique illustre avec lucidité l’aliénation des femmes.

Troisième opus de la réalisatrice Isabelle Czajka, La vie domestique est une adaptation du roman anglais Arlington Park, signé par Rachel Cusk et publié en 2006. Dans ce film, Czajka dresse un portrait de femmes, mères de famille dans la quarantaine, qui habitent la banlieue parisienne. Elles ont graduellement abandonné leurs aspirations et ambitions professionnelles et consacrent une grande partie de leur temps à la vie domestique. Juliette, magnifiquement interprétée par Emmanuelle Devos, est le personnage central d’un film se déroulant sur 24 heures. Nous suivons Juliette dans ses tâches et un travail à temps partiel qu’elle accomplit distraitement puisque, ce jour-là, elle tente d’obtenir une entrevue pour un emploi qui pourrait changer sa vie. Derrière ce joli décor où les rues sont propres et les parcs en fleurs, tout n’est pas parfait, on s’en doute. La tension qu’on perçoit nous fait craindre (ou souhaiter) que Juliette ne craque. Cette tension, c’est celle créée par la vie domestique. Se consacrer à cette vie n’est pas sans dangers; le film en constate les effets secondaires.

Nettoyer les miettes de pain du déjeuner, faire une brassée de lavage, préparer les vêtements du parascolaire, planifier le souper avec les amis dès le matin, faire les chèques pour les activités de l’école, signer les devoirs, habiller les enfants, aller chez le pédiatre, trouver une gardienne et prévoir son souper, acheter le cadeau pour l’anniversaire d’un enfant. Ordonner, anticiper, contenter, pallier, soutenir, organiser. Czajka filme, avec une précision troublante, toutes les tâches, les petits riens presque invisibles qui, lorsqu’on les additionne, créent chez ces femmes des journées à la fois vides et fatigantes, desquelles elles cherchent à se distraire par des balades au centre d’achats ou des soupers artificiels et sans profondeur entre voisins. On voit les soupirs retenus, presque imperceptibles de Juliette, son impatience contrôlée; ses enfants sont encore jeunes et elle est presque résignée. Mais elle regarde Inès, Marianne et Betty, et ce jour là, comprend ce qui l’attend.

— Ça fait longtemps que tu habites ici?

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