Critique – Cinéma

Neiges fertiles

Le dépaysement passager d’une communauté québécoise.

Il y a d’abord, tout au long de cette attente du printemps que filme patiemment Marie-Geneviève Chabot, un positionnement par rapport au territoire qui tient presque du dialogue. Comme si le lent écoulement du temps, qui défile ici à un rythme placide après que l’hiver s’est installé sur ce paysage nordique, était une invitation à s’enraciner dans cet espace lumineux qui s’étend à perte de vue. Or, s’enraciner, cela implique de développer un lien intime avec le territoire – de se penser à travers lui. Comme le font les protagonistes de ce documentaire: d’anciens mineurs qui, après la fermeture de la mine d’or de Chapais en 1992, ont refusé de quitter une ville abandonnée par plus de la moitié de sa population.

Évitant le piège du pittoresque à tout prix, tout comme celui de l’exotisme régional vaguement folklorique, En attendant le printemps offre autre chose au spectateur que le réconfort artificiel d’un simple dépaysement passager. Le regard posé n’a rien de touristique, ni de nostalgique. Il est au contraire attentif, lucide; et son honnêteté repose sur l’efficacité d’une structure formelle cohérente. Les vastes plans d’ensemble servent ici d’ancrage à des cadres plus serrés qui viennent cerner de près les divers membres de cette petite communauté isolée. Rattachant ces portraits à un paysage, la cinéaste expose l’attachement profond des êtres qu’elle filme au territoire qu’ils habitent – en même temps que le lien invisible les unissant.

Cette idée de la communauté, qui fait battre le cœur du film, nous ramène à une époque où le cinéma québécois se voulait populaire, au sens noble du terme, au sens où il se voulait proche des gens et de leurs préoccupations. Cette tradition, qui est autant celle de Pierre Perrault que celle de Gilles Carle, on la sent renaître à travers le cinéma de Chabot. C’est en ce sens que ce film développe une poétique qui s’apparente à une forme de résistance tranquille. C’est qu’il y a encore, ici, quelque chose à partager: un héritage, une identité commune qui rassemble au-delà d’elles-mêmes les individualités parallèles.

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