Critique – Théâtre

L’espoir d’une communion

Les poèmes de Geneviève Desrosiers tentent de trouver une nouvelle vie sur scène.

Disparue trop jeune à l’aube d’une carrière artistique qui s’annonçait prolifique, Geneviève Desrosiers jouit d’une aura de mystère qui ne s’étiole toujours pas dix-huit ans après sa mort. Ses textes en ont fasciné plus d’un, à commencer par Benoît Chaput, l’éditeur de la petite maison L’Oie de Cravan qui les a publiés dans un recueil posthume. Quinze ans après sa parution, le livre en sera bientôt à sa quatrième réédition. Le culte qui entoure les poèmes de Desrosiers est moins dû à son décès prématuré qu’à leur singulier pouvoir d’envoûtement. Se dégagent de son œuvre une fougue et une aspiration à la communauté qui résonnent avec force sur la scène du Théâtre La Chapelle dans le spectacle qu’en a tiré Hanna Abd El Nour.

Le recueil de Desrosiers débute par une série de poèmes dont les titres correspondent aux pronoms Je, Tu, Elle, Il, Nous, Vous et Ils. Pour la poète, le passage vers le pluriel est essentiel mais périlleux: «Évidemment je dis nous pour arrêter de dire je. C’est ce que l’on appelle une tentative.» Mais même s’il reste précaire, pour Desrosiers, le «nous» est inclusif et plein d’espoir: «Tu verras comme nous serons heureux», répète-t-elle. Hanna Abd El Nour fait justement de ce «Nous», texte phare du recueil, le leitmotiv de son spectacle. Car le rapport à l’autre occupe également une place centrale dans son travail. Le théâtre est pour lui une fête, une expérience sensorielle et onirique réunissant plusieurs disciplines. Dans Nombreux seront nos ennemis, le metteur en scène d’origine libanaise cherche une nouvelle fois à provoquer une rencontre, entre différents langages artistiques, mais aussi avec le public. Cependant, comme dans les poèmes de Desrosiers, la communion apparaît toujours empêchée, ou du moins laborieuse.

Pour donner vie aux mots de la poète, Abd El Nour a mis sur pied un dispositif interdisciplinaire qui ébranle les codes habituels de la représentation. Une trame sonore, composée par Jean-François Blouin, impose la présence intense du violoncelle tout au long du spectacle. Sur le plateau sont disposées les sculptures d’Éric Cardinal, ramassis d’objets et de matières érigées en tours informes dont la blancheur et la texture rappellent le papier mâché.

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