Critique – Poésie

Cercueil à remplir

Charles Pennequin règle ses comptes avec la mort.

On s’oppose difficilement à la mort. On peut partir à la guerre contre elle, crier, gesticuler, mais, au final, peu y fera. Ce qui reste après concerne la mémoire, dont l’art maîtrise le pouvoir. Pamphlet contre la mort, du poète français Charles Pennequin, fixe des souvenirs, mais aussi des rancunes. Au contact du cercueil, figure récurrente, ce ne sont pas que des beaux sentiments pour la vie qu’on cherche à opposer à son antagoniste; la prose verbeuse du poète ne montre pas cette binarité-là. Avant de partir, il faut régler ses comptes. Il faut trouver de quoi remplir son cercueil avant que son corps s’y allonge.

Dès la première page, Pennequin expose son cercueil, qui est vide, mais plein «d’attentes d’être rempli» et qui, page après page, s’alourdit, car le cercueil fait réfléchir quand on le regarde «bien en face» («toute cette nuit j’ai pensé au précipice. et j’y pense encore devant ce cercueil»). Au bord de l’essoufflement, le poète y couche son père, il y déverse son amertume contre le savoir, il y met une «époque qui tourne au vinaigre» et il y jette sa colère contre la langue. Cette langue «d’injonction», dit-il, ces «mots [qui n’ont] pas de sens», ce langage «qui se donne des airs / supérieurs» et qui est «utile uniquement pour une chose: prendre les gens de haut».

Dans ce cas, avec quelle langue écrit Pennequin? Je dirais: avec une langue le plus près possible de la parole. Car c’est elle qui est le plus en mesure d’atteindre le «vrai langage», le «vrai écrit» qu’il recherche: «j’essaie de parler en écrivant. vous avez déjà parlé en écrivant vous? vous avez déjà essayé d’écrire tout en branlant? et ça branle et ça pleure dans son cœur de baigneur.» Chez Pennequin, comme chez certains de ses contemporains comme Christophe Tarkos ou Christian Prigent, l’oralité est centrale. Elle permet, entre autres, un défilement rapide et dynamique des pensées et crée une impression de franchise. Le poète veut fuir la vanité poétique: «quelle est cette pensée qui surgit dans l’écrit? je ne le sais pas complètement. je sais qu’il y a quelque chose qui s’est déroulé, qui s’est chevillé au corps. c’est une cheville ouvrière de l’être parlant. […] un écrit vain ≠ un écrit vrai.»

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